30 janvier 2014

Le jour où Florence et Venise faillirent disparaître



..Je lisais la nuit dernière l'émouvant récit de Kressmann Taylor sur la terrible inondation de Florence le 4 novembre 1966. Des pages splendides qui nous font vivre en direct l'horreur de la catastrophe qui fit une trentaine de morts et détruisit bon nombre de chefs-d’œuvre dans la quasi-indifférence sur le moment. Qui se souvient encore de ces images effarantes d'une ville saccagée, de ces magasins éventrés, ces rues recouvertes de boues et de détritus ?

..A Venise aussi de 4 novembre et les jours qui suivirent furent épouvantables et assénèrent à la cité des doges d'incommensurables blessures. Comme à Florence, la population retroussa vite ses manches et se mit au travail pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être et redonner à la ville presqu'engloutie son aspect d'avant la catastrophe. Comme à Florence, peu à peu affluèrent à Venise des volontaires venus du monde entier, des jeunes surtout, confirmant s'il en était besoin, l'ardeur et la générosité des nouvelles générations face à leurs aînés souvent désabusés et paralysés par l'ampleur des dégâts. Combien il est bon de penser que, malgré ce qu'en disent les culs-de-plomb, la jeunesse vaut mieux que nous qui baissons les bras. 

 ;;Combien il est roboratif de constater qu'ils iront plus loin, et ferons bien plus et bien mieux que nous. Pour les florentins, comme pour la postérité ils devinrent les Angeli del Fango. J'en ai rencontré quelques uns, aujourd'hui sexagénaires. Ils se passèrent très vite le mot, et se jetèrent avec ardeur dans des tâches peu reluisantes, les pieds et les mains dans cette boue sale, mélange de terre et de fuel qui saccagea la capitale de la Toscane. A Venise, on parla moins de ces bénévoles déterminés mais ils étaient là aussi quand l’État italien ne bougeait pas encore, incapable de la moindre décision pratique immédiate. 

..Qui se souvient des sifflets qui accueillirent Giuseppe Saragat alors président de la république, venu quelques jours plus tard pour mesurer l'étendue des dégâts et d'Aldo Moro qui déclara, comme on se débarrasse d'un sujet sans intérêt que tout était rentré dans l'ordre... Bien sûr, les inondations de Florence furent violentes et détruisirent énormément de maisons, de boutiques et d'ateliers. un grand nombre d'artisans et de marchands furent ruinés et la ville mit plusieurs années pour retrouver son visage d'avant le débordement de l'Arno, mais l'acqua alta de ce triste jour de novembre fit beaucoup de mal aussi. Si le monde prit conscience en regardant les images du drame du danger  que représentaient désormais les eaux pour la Sérénissime, si le monde prit conscience que, comme Florence, Venise, trésor de l'humanité, pouvait disparaître à tout jamais si rien n'était entrepris pour la sauver, la protéger.

..C'est par milliers que les vénitiens commencèrent à quitter le centre historique. Il fallut les reloger d'urgence sur la terre-ferme et de provisoire, cette situation se pérennisa. La plupart ne sont jamais revenus. Souvent simplement locataires, ils ne retrouvèrent jamais leurs logements d'avant, souvent déjà à la limite de l'insalubrité, situés en rez-de-chaussée pour la plupart. Les fonds affluèrent pour permettre aux propriétaires de restaurer leurs immeubles. Ces derniers en profitèrent pour augmenter le prix des loyers voire pour vendre au prix fort. Et la crise du logement ne s'est jamais atténuée depuis. 


5 commentaires:

Louise a dit…

Je le souviens....qu'elle tristesse !!!

Louise a dit…

Pardon (fautes à cause de mon ipad)
Je me souviens...quelle tristesse :-(

Gérard a dit…

L'Art de la Renaissance , ce fut d'abord celui de ce qui nous manque toujours le plus terriblement : le désir .
En 1966 , est né de ce malheur quelque chose de très fort : a surgi une certaine idée de le sauver , et de le prolonger .
Un ordre .

Lorenzo a dit…

De l'ardeur des Angeli del Fango au sourire déterminé de ceux qui avaient tout perdu et se remirent au travail, ce sursaut était flagrant en effet. N'en annonçait-il pas un autre, ce fameux éclat désordonné et barbare de mai 68 ?

Elio a dit…

Come si dice, io c'ero ed ho fatto parte di quelli che fischiavano. E' vero che la quasi distruzione di Firenze ha un po' coperto il disastro di Venezia. Mi ricordo tutto ed in modo particolere il salvataggio con maschera e pinne delle macchine nel pastificio di un mio amico. Un freddo boia, ma siamo riusciti ad uscirne 4 su 5.
Ciao e buona serata.

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