13 avril 2014

Les clichés photoshopés de Venise gelée par le froid

Tramezzinimag est certainement has-been et très vieux jeu, mais Venise et Photoshop y paraissent des aberrations autant que les polémiques qui circulent sur la fin prochaine de la ville avec la montée des eaux ou, moins glorieux, les guéguerres bouffonnes des néo-vénitiens qui se rêvent la Sérénissime en costume de marquis et de courtisanes de pacotille et font ricaner les derniers vénitiens dans leur réserve. C'est bien de cela dont il s'agit en vérité, Venise sombre chaque jour davantage dans la vulgarité et le kitsch, phénomène qu'amplifient tristement les moyens de communication d'aujourd'hui. 

Inventer une Venise prise dans les glaces et voir ces clichés pleins d'artifice dans Glamour, une revue au titre pathétique qui parle de l'intéressante contribution de l'inventeur de ces photos à l'image romantique de la ville ("imaginer faire du patin à glace sous les ponts de Venise")... Excusez du peu ! De quoi enrager n'est-ce pas ? 

Puis quand on entend parler d'une polémique grotesque entre les Fous de Masques - que nous devons différencier des Fous de Venise, catégorie dont certains des adeptes de la mascarade font tout de même partie à juste titre, et dont le talent et le dévouement pour la Sérénissime n'est plus à démontrer - cela donne envie de pleurer. 

Non seulement la cité des doges s'enfonce chaque jour davantage dans un merchandising hystérique, elle se transforme à grande vitesse en un vaste Disneyland qui fait se frotter les mains à quelques entrepreneurs vulgaires et sans scrupules, décourageant de plus en plus ceux de nos fonctionnaires internationaux qui voudraient encore chercher et imposer des situations pour une véritable sauvegarde des lieux. 

Face aux rapaces d'une jet-set vulgaire et nauséabonde, il y en a heureusement qui essaient de lutter le renouveau de la ville, avant tout pour ceux qui y vivent et qui peinent de plus en plus à trouver une crèche, un épicier, un fleuriste ou un droguiste, qui ne peuvent plus utiliser les transports publics tant ils sont souvent pris d'assaut par les hordes de touristes, ces barbares pressés méconnaissant les plus élémentaires règles de politesse et de respect tant ils considèrent les rares vénitiens qu'ils croisent comme de simples figurants à leur service ou au mieux, comme des bienheureux sûrement inconscients  de la chance qu'ils ont de vivre dans ce paradis romantique et photogénique... 

Nietzsche disait que le seul synonyme du mot musique qu'il connaissait était "Venise", à l'inverse on pourrait dire aujourd'hui que le synonyme de Venise telle que le monde moderne la transforme est "vulgarité". Ce qu'illustrent parfaitement les clichés de Robert Jahns et l'article qui leur est consacré dans Glamour :  
 

10 avril 2014

Mémoire de Venise : l'inauguration de l'aqueduc

 
Le 23 juin 1884 une fontaine géante fit jaillir un énorme jet d'eau fraîche au beau milieu de la Piazza. Il s'agissait de fêter en grande pompe - t(h)erme bien à propos - l'inauguration de l’aqueduc qui permettait depuis quelques jours d'alimenter en eau potable provenant de la terraferma les maisons de la cité des doges. Un évènement et une révolution. Pour la première fois depuis la fondation de la ville, l'eau ne proviendrait plus des puits qui étaient jusque là au nombre de 6046 à usage privé et 180 publics, sans compter ceux des îles environnantes et certaines citernes avec des fontaines. 
 
 
La municipalité pour éviter tout problème d'hygiène, le typhus faisait encore rage parfois en Italie, et surtout pour obliger chaque famille à utiliser l'eau municipale et à payer la redevance, fit murer la plupart des puits, rompant ainsi au nom de l'hygiénisme et du modernisme avec plus de mille ans de tradition. peu à peu les métiers liés à l'au disparurent, plus de porteuses d'eau, plus de lavandières, plus de cureurs de citerne et de vérificateurs des eaux de pluie... 
 
Une page se tournait. 130 ans plus tard, l'eau est toujours fournie par la terraferma et bon nombre de puits ont disparu, vendus à des collectionneurs ou transportés dans des musées. Les citernes sont toujours en dessous et on reste stupéfait par l'ingéniosité de vénitiens des premiers temps qui inventèrent ce système de récupération des eaux, principe hautement écologique, qui préservait en temps normal et dans des conditions optimales, la pureté de l'eau.
 

Il ne faut pas s'en réjouir


Les temps de crise ne sont pas favorable à la modération et à l'intelligence. Aigris et en colère les peuples trop souvent oublieux des combats qu'il a fallu mener pour qu'ils puissent vivre heureux et libres ont coûté la vie à des millions de personnes. La nostalgie de temps révolus s'amplifie d'une illusion souvent entretenue par des oligarques malhonnêtes qui savent qu'en divisant et en désespérant, on fabrique de bons petits soldats prêts à se déchirer les uns les autres. Les indépendantistes vénitiens n'ont pas sur les mains le sang de leurs concitoyens comme les basques, les serbes ou les croates, mais si nous n'y prenons pas garde, cela pourrait advenir. Le lion de Saint-Marc ne doit pas flotter sur des ruines et des catafalques. Il doit flotter au vent des innovations, des réjouissances et rester le symbole de la liberté qu'un peuple déterminé amena aux côtés du roi-soldat, père de l'unité de l'Italie. Ne tombons pas sous le charme des sirènes diaboliques qui nous chantent chaque jour davantage, une bien mauvaise rengaine...

2 avril 2014

Fidélité

Mes travaux bien souvent m'empêchent de consacrer désormais le temps qu'il faut à mon cher Tramezzinimag. je me réveille parfois le matin avec une idée de billet, des phrases qui semblent parfaites, toutes dévolues à cet amour pour la Sérénissime que partagent mes lecteurs. Je me tourne et me retourne dans mon lit, avec comme une petite musique autour des mots qui me viennent. Cette passion n'est-elle pas après tout que de la vulgaire et stérile nostalgie ? Regrets du temps qui passe loin de la Sérénissime mêlés à une certaine mélancolie quand je sais que je pourrais avoir fait d'autres choix qui m'auraient évité de m'éloigner d'elle aussi souvent et aussi longtemps ?S'il est vrai que Venise se vide de ses habitants, qu'il est chaque jour plus difficile de trouver un vrai marchands de légumes, un fleuriste, un boulanger, un réparateur de montres ou un droguiste, s'il est vrai que le cri des enfants qui jouent sur les campi se fait de plus en plus rare, s'il est vrai que les chats qui dormaient sur la margelle des puits par dizaine ont laissé la place à des tas de chiens crotteurs qui sont bien incapables de chasser les rats qui reviennent, Venise reste magique et splendide et glorieuse, resplendissante de grâce et de beauté. Même la triste perspective de l'inéluctable fonte des glaciers et de la banquise, la montée inévitable des eaux qui s'annonce, ne pourra atteindre la Venise de l'esprit et du cœur, celle que nous sommes des milliers à aimer, à caresser du regard chaque jour quand nous avons le bonheur d'y vivre chaque jour ou d'y séjourner parfois. Cessons de nous lamenter sur les boutiques d'artisanat vénitien made in China, sur les palais transformés en hôtels de luxe, sur la malbouffe camouflée en menus casalinga, et l'invasion permanente des touristes, ces 21 millions dont un bon nombre de barbares qui consomment les lieux comme ils le font n'importe où ailleurs, au pas de course, les pieds en sang, pizza caoutchouc et coca en bandoulière, brandissant Iphone et Ipad à tout va... La Sérénissime est toujours là, exsangue certes, mais rayonnante encore, avec ses reflets, la lumière de son ciel, le miroitement de ses eaux, répandant dans le cœur de ses amants la même joie, la même extase qu'aux temps anciens.


La pompe à essence de la Bergamoil pour les bateaux de fonction, c'était un poisson d'avril !

Ha ha ! Au cas où certains lecteurs seraient tombés dans le panneau et s'apprêteraient en ce moment même à lancer une pétition pour faire cesser ce scandale, les râleurs-farceurs (efficaces) de Venessia.com lançaient le buzz en faisant croire à cette pompe à essence qui aurait été réservée aux bateaux de fonction, appelés les barche blu, dont l'utilisation éhontée à des fins personnelles par bon nombre d'élus et de fonctionnaires municipaux - dont le maire lui-même qui s'en serait servi pour se rendre à son cabinet professionnel - fait scandale en ce moment. Le coût estimé par la cour des Comptes serait de 500.000 € par an. 
Normalement réservés aux sorties officielles, aux déplacements des personnalités reçues par la ville et au Patriarche de Venise par courtoisie, bon nombre de vénitiens ont pu photos à l'appui, se rendre compte que bon nombre d'édiles et de hauts fonctionnaires les utilisaient pour rentrer chez eux, aller à la gare voire faire des courses... On a même vu deux dames inconnues n'ayant apparemment rien à voir avec la Ca'Farsetti (siège de la mairie de Venise). 
Il y a quelques jours, l'assesseur Ugo Bergamo avait fait la une de tous les journaux vénitiens pour son nouveau rôle de président d'une société privée qui vient de prendre la gestion d'une station essence du Lido, dans des conditions pas vraiment très claires. Décidément l'argent fait faire bien des bêtises dans ce pauvre monde...

 



LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...