25 mars 2015

Visions de Venise (1)

Palazzo Van Axel - photographie de 1980 - © Lorenzo Cittone
"Lorsque chacun de mes jours se déroulait dans l'un des plus beaux décors urbains du monde, je finissais par ne plus voir cet environnement unique.Je vivais à Venise comme on vit n'importe où ailleurs. pourtant à chacun de mes retours en France,la cité des doges me suivait,quelque chose me hantait quand je m'en éloignais et je ne songeais qu'à rentrer pour me replonger dans cet univers unique, ce monde imprégné des parfums anciens d'un monde où les miens vécurent et qui doit couler dans mes veines." 
J'avais un peu plus de vingt ans quand j'écrivais ces lignes dans mon journal. Maladroites, elles expriment un sentiment qui ne m'a jamais quitté. C'est peut-être pour cela qu'inconsciemment je m'empêche de retourner sur la lagune plus souvent. L'idée de devoir en repartir m'attriste avant même que d'être arrivé à Venise. Pourtant je sais que ma vie est là-bas. Ou bien n'est-ce qu'un fantasme qui aurait survécu aux désirs et aux rêves de ma jeunesse vénitienne ? A l'âge où j'arrive, cette vie vénitienne justement, occupe peu de place sur l'échelle de mes jours. Quatre ou cinq ans tout au plus, moins qu'un dixième des années vécues jusqu’à maintenant... Mais si la nostalgie pointe son nez froid, c'est la joie et le bonheur de ce que j'ai vécu qui l'emporte dans mon cœur. Même éloigné d'elle physiquement, elle est tout en moi toujours. C'est ce qui me permet de continuer à nourrir ces pages et me fait avancer aussi.


20 mars 2015

Jour d'équinoxe et premier jour du printemps

Rosa la petite chatte grise aux yeux verts calle Navarro, 1985.
[...]C'est un pigeon roucoulant sur le rebord de ma fenêtre qui m'a réveillé ce matin. Je n'aime pas particulièrement ces volatiles au regard stupide mais celui-ci semblait vouloir donner au nouveau jour une aubade tant son roucoulement se faisait plein de jolies nuances. [...]Rosa la chatte reste pour la première fois depuis longtemps sur le rebord de la fenêtre, humant l'air nouveau en ronronnant de plaisir. Pas de soleil pourtant. un ciel uniformément gris. Mais c'est aujourd'hui le printemps. Un jour différent. L'adieu à l'hiver, à la froidure et aux ciels bas, aux nuits trop vite tombées, aux odeurs de tourbe et de bois brûlés. 
Hélas, ce jour d'équinoxe n'est pas très coloré et un reste d'air frais de ces dernières semaines règne encore. Pourtant partout la nature s'apprête et les branches des tilleuls sont remplies de bourgeons, sur les balcons, narcisses et jonquilles côtoient les jacinthes. [...] Ce petit quelque chose cependant qui flotte dans l'air me donne des envies d'évasion... Une sortie vers la terraferma, en dépit du ciel bas et couvert de nuages, serait un bon moyen d'anticiper l'éclosion qui se prépare partout. Aller vers cette superbe campagne, sur les hauteurs des Marches, les fameuses Marche Trevigiane. 
C'est beau, préservé, pas tellement éloigné de Venise. On y est toujours bien accueilli, on y mange bien et le vin est bon. Parfois, au détour d'une promenade dans la montagne, on se retrouve face à des paysages à couper le souffle. Non pas de ces décors spectaculaires qui donnent le frisson, mais une vue toute en harmonie et en équilibre, d'où se dégage une sérénité que renforce le plus souvent une lumière très pure et des parfums merveilleux. [...]
(Extrait de "A Fleur de peau, Journal vénitien 1985-1996", à paraître)

Vous l'aurez compris, j'ai une affection profonde pour ces paysages de piémont, plus vraiment des collines, pas encore des montagnes. L'harmonie et l'équilibre. Que ce soit ici aux alentours de Valdobbadienne ou de Solighetto, comme du côté de Larrau ou de Saint-Engrâce dans les Pyrénées souletines, dans les hauteurs de France-Comté où coule l'Ognon, Dans l'Alsace de l'Ami Fritz... Des campagnes préservées, des altitudes décentes où la vie coule doucement, au rythme des travaux des champs et de l'élevage traditionnel, où les traditions culinaires, le folklore, les usages, les dialectes survivent encore... Des terres d'humanisme et de sérénité. Même les gros orages du plein été et les bourrasques d'hiver éclatent avec modération.


Et puis cette partie du Veneto se déguste vraiment. On y mange bien, mais c'est aussi un pays où la tradition viticole est jalousement entretenue. On y trouve des cépages anciens et des modes de vinification préservés. Nous sommes au pays du Prosecco.

Mais peut-être qu'un bref rappel des appellations vénitiennes est-il nécessaire. Les vins du Veneto, qu'on peut classer en trois grandes familles, sont des vins de belle qualité. A l'ouest tout d'abord, il y a ceux de la province de Verona, entre le Lago di Garda et la ville de Soave, qui a donné son nom au vin blanc le plus apprécié des vénitiens. Puis, il y a les vignes à flanc de collines dans les environs de Vicenza, Padova et Treviso, et enfin, celles des riches plaines orientales du Piave et du Tagliamento, le long de la côte adriatique, au nord-est de la Sérénissime. 

Comme tous les vénitiens, je mets en premier le Prosecco, ce vin frizzante, à la fois léger et plein et qui "ne fait jamais mal à la tête" comme expliquait ma grand-mère. Un bonheur de vin. C'est ce qu'en dit le sybarite et grand acteur, Alberto Sordi disparu en 2003 :
"Voyez-vous - dit-il en faisant remuer dans ses mains un verre de la blonde et pétulante boisson - notre pays sait produire  des nectars comme celui-ci, un vin léger mais avec beaucoup d'âme, qui porte la joie, satisfait le palais et s'entend bien avec tous les plats. J'ai bu et apprécié les grands rouges des Langhe, ceux plus doux de Toscane, les blanc parfumés  du Nord et ceux du Sud, merveilleusement chargés de soleil, mais maintenant, arrivé à ma pleine maturité, je découvre la légèreté du Prosecco, son originalité, sa tolérabilité. Il n'a  vraiment rien à envier aux autres vins mousseux et encore moins aux champagnes tant vantés !"
 Le Prosecco est désormais un vin reconnu et apprécié dans le monde entier. Cela a stimulé les producteurs mais on note parfois d'inévitables effets pervers avec des cuvées plus que médiocres assorties des prix parfois presque prohibitifs Il existe fort heureusement davantage de vins d'excellences que de piquettes attrape-nigauds. Parmi ceux que je préfère, la cuvée Extradry du Prosecco Superiore DOCG Conegliano Valdobbiadene de la Maison Carpenè Malvolti vient d'être élu à Londres, comme le meilleur Prosecco de l'année. Une merveille, l'idéal pour l'apéritif mais aussi pendant le repas, avec des charcutailles et du fromage. Un régal.

Mais les vins du Veneto, ce sont aussi les vins du Frioul qui s’est construit une réputation en Italie et à l’étranger pour ses vins blancs faits par des domaines de dimensions réduites. Les blancs ont longtemps été dominés par le Tocai Friulano, un cépage de la famille du Sauvignon Vert ou Sauvignonasse. Cependant un arrêt récent de la Cour Européenne l’a obligé a changer de nom pour qu’on ne le confonde pas avec le Tokay de Hongrie, qui est pourtant le nom d’un vin et non celui d’un cépage.


19 mars 2015

Venise, la magie des lieux...

Il y a beaucoup de lieux magiques dans Venise. Des recoins authentiques où la Sérénissime demeure elle-même, dans toute sa grâce et sa splendeur. Les méfaits du temps et les déprédations de l'homme n'en sont pas encore venus à bout et c'est tant mieux pour les âmes sensibles au beau qui savent vibrer devant un simple détail architectural, une frise, le reflet de l'eau sur le torchis fané d'un mur... Les lecteurs de Tramezzinimag, férus d'esthétique et d'histoire connaissent parfaitement la cité des doges dans ses moindres recoins. Comme moi, ils doivent déplorer la difficulté qu'il y a désormais à pénétrer dans certains de ces lieux. L'incorrection de certains touristes, reproduite jour après jour, des centaines de fois, a poussé les riverains à privatiser leur espace de vie. En cachant les trésors que recèlent parfois une cour, un jardinet, un passage, les vénitiens font de la conservation et on peut au moins espérer que le patrimoine vénitien sera ainsi plus longtemps préservé... 

On pouvait aller partout autrefois. Un billet de 500 lires suffisait à faire ouvrir une église fermée et en éclairer les trésors cachés. souvent, il suffisait de pousser une grille ou un portail pour se retrouver hors du temps et les habitants entamaient volontiers la conversation, vous menant pour peu que vous parliez tant soit peu italien dans d'autres recoins méconnus où un puits splendide, une statue de la vierge ou une colonne antique s'offraient à nos regards émerveillés. J'ai ainsi connu sans aucune serrure, la jolie porte de bois ajouré qui ferme le passage entre la ca'Dario et le palazzo Barbaro-Wolkoff où résidait René Huygues. Un simple loquet permettait d'ouvrir la porte et s'avancer entre les deux immeubles. Souvent le portone de la Ca'Dario était ouvert et j'ai bien souvent arpenté l'atrium du rez-de-chaussée et les allées du jardin tandis qu'un vieil homme ratissait les feuilles mortes ou qu'une vieille femme balayait l'escalier en pierre d'Istrie... Ils aimaient bien papoter un moment. Tout cela est impossible aujourd'hui. Impensable même. Grilles et lourdes portes de fer empêchent partout l'importun de se faufiler dans ce monde tranquille et loin de tout et il faut beaucoup de chance, d'abnégation et de détermination pour parvenir à se faire ouvrir les portes... Mais il reste tout de même de petits trésors en libre accès. Comme par exemple ces sculptures qui ornent les murs du palazzo Centani-Morosini, à San Vio, à ne pas confondre avec la Ca'centani, dans la paroisse San Tomà, où vint au monde Carlo Goldoni. Pourquoi ces puppi à cet endroit ? Sont-ils là depuis toujours ? ont-ils été ajoutés ? 


Lorsqu'on pénètre par l'étroit sottoportego, on est vite accueilli par un angelot joufflu au regard perdu qui jaillit de la paroi comme un esprit passe-muraille. Tout au fond, au-dessus de l'entrée terrestre du palais, un angelot potelé habillé à l'antique et qui a perdu un bras et une main semble surgir d'un soupirail. a moins qu'il ne soit allongé sur la banquette d'un triclinium où il s'est largement substanté. on pourrait même imaginer lire sur ses lèvres un soupir de contentement... Nous sommes dans le ramo et la corte Centani, (rebaptisés depuis quelques décennies Sottoportego Venier dei Leoni du nom du palais mitoyen devenu le Musée Peggy Guggenheim). Le bâtiment de gauche qu'il faut longer pour arriver jusqu'à l'entrée est le palazzo da Mula-Morosini. Avec le palazzo Centani, il ne font qu'un seul immeuble à l'intérieur. Côté canalazzo, la façade des deux bâtiments traitée de la même manière depuis des siècles donne l'impression d'un seul et même palais. Monet qui aimait les jeux de lumière à cet endroit du Grand canal a plusieurs fois représenté ces façades. Le Kaiser Guillaume II y logea. La famille Morosini en a fait depuis des siècles un lieu de culture longtemps fréquenté par la noblesse vénitienne puis par l'aristocratie européenne. Il faut imaginer cette partie de Dorsoduro débordante de jardins. Celui des palais da Mula-Morosini et Centani-Morosini d'un côté qui existe encore, bien que très réduit par rapport à ce qu'il fut jusqu'au XVIIIe siècle. Il jouxte le palazzo Barbarigo à la célèbre façade de mosaïque De l'autre côté de la ruelle, le délicieux petit jardin du palazzetto Biondetti célèbre pour avoir été l'habitation de Rosalba Carriera, la célèbre femme peintre du XVIIIe siècle. Les sculptures de pierre qui nous intéressent ici, devaient orner les murets du jardin, dans le goût d'autrefois, où colonnes et statues de toutes tailles agrémentaient les plantations.


L'écrivain Dachine Rainer, à qui j'ai servi de drogman et de secrétaire pendant les quelques mois de son séjour à Venise où elle venait terminer un ouvrage sur son mentor Ezra Pound, avait pu trouver par l'intermédiaire d'Olga Rudge avec qui elle était très amie, un élégant petit appartement dans la ruelle. Une suite de pièces sur deux niveaux dont les fenêtres donnaient sur le jardin. Délicieusement meublé, c'était un havre de paix. l'idéal pour un écrivain. Dachine n'occupait qu'une chambre et le salon. Je rêvais qu'elle me propose de m'installer dans une des deux autres chambres pour mieux l'aider au quotidien. Mais elle ne le fit pas et je continuais d'habiter mon petit appartement de la calle Navarro, à quelques mètres de là, de l'autre côté du rio. Dans l'escalier comme dans le corridor de son appartement, plusieurs angelots de pierre souriaient aux visiteurs. Les mêmes traits que celui du sottoportego. Une même famille apparemment ! On nous expliqua que lors de la construction d'un des palais, des tailleurs de pierre s'amusaient à sculpter des figures et des ornements pour décorer les murs de brique. Une autre explication me fut fournie par le peintre Bobo Ferruzzi pour qui je devais travailler quelques mois après ma rencontre avec Dachine. Le commanditaire du palazzo Venier venait de recevoir l'interdiction de construire le bâtiment tel que les architectes l'avaient conçu. Trop imposant, trop vaste, trop haut. Il fallut arrêter aussitôt la sentence tombée. cependant les tailleurs de pierre venus du Frioul avec leurs outils, apprenant qu'ils ne seraient pas payés et que le chantier s'arrêtait là (on n'avait construit qu'une partie du rez-de-chaussée donnant sur le Grand Canal, devenu aujourd'hui le musée) se servirent des blocs de pierre qui avaient été entreposés pour fabriquer des ornements comme on les aimait à l'époque pour s'assurer un revenu en attendant de pouvoir repartir chez eux. Ils auraient ainsi habillé les murs et les jardins du quartier pour le plus grand bonheur des amateurs.


18 mars 2015

Venise : Connaisez-vous San Polo taramoto ?

Jeudi 25 Janvier 1347 More Veneto ( janvier 1348 dans le calendrier grégorien). Sous le règne de Andrea Dandolo. Un jour d'hiver comme les autres. Ciel gris et nuageux. Froidure qui fait rare le passant dans les rues. Pourtant, il faut travailler, vaquer aux occupations quotidiennes. Des navires accostent, d'autres appareillent. Tout semble habituel. Soudain les pigeons de la cour du palis des doges s'envolent en piaillant, rejoints par les mouettes et à différents endroits des chiens se mettent à hurler, les chevaux piaffent et hennissent. soudain, la terre se met à trembler dans un grondement terrible, des façades se lézardent, des campaniles s'écroulent. 


L'un des plus importants tremblements de terre jamais connus, va ainsi semer la panique dans tout le nord de la péninsule et jusqu'en Autriche. Beaucoup de victime et de nombreux blessés. du sous-sol montent des odeurs pestilentielles décrites dans plusieurs chroniques. Dans le palais, des tableaux et des miroirs se détachent des murs, des parcelles de plafonds tombent dans la salle des cartes. L'eau très vite est montée, de hautes vagues font chavirer des embarcations juste à la pointe de Sant'Elena... Puis l'eau se retire vivement, laissant de nombreux canaux à sec. 

En 1511, un autre important tremblement de terre faillit détruire le campanile de San Marco et dura plusieurs jours, au point que bon nombre d'habitants de la terraferma s'enfuirent dans les champs et les bois pour éviter de périr écrasés dans leurs maisons. Les croyances de l'époque évoquent la colère du ciel, la fin prochaine de l'humanité, l'imminence du Jugement dernier. Une fois les dernières secousses passées, quand l'air s'allégea et que le ciel redevint clair, les cloches des campaniles intacts se mirent à sonner à toute volée, sur l'ensemble du territoire de la République. Très vite, on s'organise pour retirer les cadavres, secourir les blessés, étayer les parois qui menacent de s'écrouler.  la panique et la terreur restèrent longtemps dans les mémoires. 

On a conservé la chronique de ce jour mémorable. Gravé en lettres gothiques et dorées sur une plaque apposée sur un mur du couvent de la Charité, le texte, surmonté par deux anges qui présentent le monogramme de la Scuola Grande della Carità existe encore, au-dessus du portail qui permettait d'accéder au cloître du couvent, devenu l'école des Beaux-Arts :
IN NOME DE DIO ETERNO E DE LA BIADA VERGINE MARIA IN L ANO DE LA INCARNACION DEL NOSTRO SIGNOR MISER IHM XPO MCCCXLVII ADI XXV DE GENER LO DI DE LA CONVERSION DE SAN POLO CERCA ORA DE BESPERO FO GRAN TARAMOTO IN VENIEXIA E QUASI PAR TUTO EL MONDO E CAZE MOLTE CIME DE CAMPANILI E CASE E CAMINI E LA GLESIA DE SAN BASEIO E FO SI GRAN SPAVENTO CHE QUAXI TUTA LA GENTE PENSAVA DE MORIR E NO STTE LA TERA DE TREMAR CERCA DI XL E PUO DRIEDO QUESTO COMENZA UNA GRAN MORTALIDAD E MORIA ZETE DI DIVERSE MALATIE E RASION ALGUNI SPUDAVA SANGUE PER LA BOCA E ALGUNI VEGNIVA GLANDUXE SOTO LI SCAII E A LE LENZENE E ALGUNI VEGNIA LO MAL DE'CARBO PER LA CARNE E PAREVA CHE QUESTI MALI SE PIASE L UN DA L OTRO ZOE LI SANI DA L INFERMI.ET ERA LA ZETE I TANTO SPAVENTO CHEL PARE NO VOLEVA ANDAR DAL FIO E EL FIO DAL PARE E DURA QUESTA MORTALIDADE CERCA MEXI VI ..
On retrouve aussi dans plusieurs ouvrages, comme dans de nombreuses correspondances, le rappel du terrible évènement. La terre tremblait souvent dans cette partie de l'Europe comme elle tremble parfois encore mais jamais avec une telle intensité, jamais aussi longtemps. L'église de San Basegio (aujourd'hui disparue) fut totalement détruite ainsi que son campanile, et les fidèles qui s'étaient rassemblés pour participer aux Vêpres, furent tous retrouvés morts sous les décombres. Elle sera reconstruite quelques années plus tard. Le nom du campo, non loin des Zattere et de San Sebastiano, où elle se situait, perpétue la mémoire du bâtiment. Le sieur Villani, un marchand florentin qui voyageait dans la région a décrit les dégâts, témoin du séisme. Le Patriarche d'Aquilée donne le détail des bâtiments ecclésiastiques détruits ou endommagés dans la capitale :
"... In Venezia oltre molti edifizi pubblici e privati, precipitarono i campanili di S. Silvestro, di S. Giacomo dall'Orio e di S. Vitale, cosi la cima della Chiesa di S. Angelo e la parte manca della Chiesa di S. Basilio..."
( à Venise, outre les dégâts sur de nombreux édifices publics et privés, les campaniles de S. Silvestro, S. Giacomo dall'orio et de S.Vitale se sont écroulés, comme la voûte de S.Angelo et la majeure partie de l'église de san Basilio...)
Un moine franciscain de Bologne rapporte dans le Corpus chronicorum Bononiensium, écrit dans les années 1390, mentionne aussi le séisme, précisant que la basilique San Marco, alors chapelle privée du palais ducal, a beaucoup souffert des violentes secousses.  
 " E grandissimo fu in quell'ora in Venezia, e gran novità ivi furono nelle case, e in Messere San Marco, che'è la lor Chiesa principale".
A Venise, aucune précaution n'avait jamais été prise dans la construction des bâtiments, ce qui valût bien des déboires aux architectes et aux maîtres d’œuvres que le Sénat tint pratiquement pour pour responsables des dégâts. longtemps, la seule évocation du terremoto, effrayait les gens et on chercha le moyen de protéger au mieux les bâtiments sui un tel évènement devait se renopuveler un jour...


Antonio Morosini décrit ainsi le cataclysme dans sa magistrale Historia Veneta  : 

"Ghorando MCCCXLVII in Venexia. Adi XXV de zener, in l'hora de vespero, in lo tempo dei prexente doxie, in lo dy de misier san Polo, ocorse in Veniexia, e anchor fo in moite parte, el mazor tereraoto che mai persona vivente sentisse al mondo, e che mai per aldida se dixese, e dura per plu dy e note, che tuta la tera a hora a hora se moveva." 
 ("...à l'heure des Vêpres, sous le règne de l'actuel doge, le jour de saint paul survint à Venise, et dans plusieurs autres endroits, le plus fort tremblement de terre jamais vécu de mémoire de vivants... qui dura plusieurs nuits et plusieurs jours sans interruption.").

Pietro Delfino, abbé du couvent de san Michele à Murano, fameuse communauté de l'ordre des camaldules (proche des bénédictins),dont il sera plus tard le prieur général, a laissé aussi une courte description de l'évènement dans une de ses lettres, quasiment semblable aux propos de Morosini : 
"Gorrando 1347, adi 25 zenaro, a hora de vespero, in lo dì di S. Polo, fo in Veniexia in molte parte el mazor terremoto che mai persona vivente sentisse ai suo dì al mondo, e dura plui dì e notte, che la terra de ora in ora se moveva."
Quarante jours d'horreur écrit la chronique où on vit le Canalazzo (le Grand Canal) se retrouver quasiment à sec. La peste arriva aussitôt après que la terre se fut apaisée. Le Consejo Mazor décida que la date du 25 janvier devrait être perpétuellement commémorée, ce qui fut fait jusqu'à l'arrivée d'un autre épouvantable cataclysme qui fit de nombreux dégâts et beaucoup de victimes, l'invasion des armées révolutionnaires, ces nouveaux barbares que conduisait Buonaparte. Cette fête se célébra pendant plus 450 ans dans l'ensemble des territoires de la république, jusqu'en 1790, terrible année de l'effondrement sous les griffes du hargneux et malhonnête petit général corse. Ce triste évènement du 25 janvier 1347 More Veneto, devait demeurer jusqu'à la fin de la République, comme marqué d'une pierre noire, le jour de San Polo taramoto(le Tremblement de Saint Paul)... La mémoire collective prétend que la terre continua de trembler pendant plusieurs jours, semant une véritable panique. Quand les éléments semblèrent apaisés, ce fut le tour d'une autre calamité qui jeta sur la république de San Marco une nouvelle chape de terreur, de cris et de deuils : la peste !

 

3 mars 2015

Venise a fait son choix ! Conad est arrivé !


Comme l'illustre magnifiquement cette superbe photo de notre ami Philippe Apatie, bordelais installé à Venise (nous reviendrons prochainement sur ce photographe terriblement doué), Conad est installé à Venise depuis le 23 février. Adieu Billa donc, comme on avait dit adieu à la Standa. Nouvelle enseigne pour les super-marchés vénitiens. Une page se tourne. Fort heureusement, cela ne signifie aucunement - mais jusqu'à quand ? - la fermeture de magasins dans le centre historique. Non, rassurez-vous, Conad ne vendra pas de masques ni de verroteries made in China...

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