14 mai 2015

Il y a vingt-cinq ans aujourd'hui...

Un joli jour de mai, l'an de grâce mille neuf cent quatre vingt dix, par un bel après-midi plein de soleil et de douces odeurs primavériles. On attendait le bébé depuis quelques heures et il s'est enfin décidé. Discrètement, sans faire de bruit, elle est arrivée, presque à l'insu de l'obstétricien et de la sage-femme, au beau milieu d'une conversation mondaine. Alix-Victoria-Marie-José, notre seconde princesse. Toute menue, quelques cheveux très clairs. Vite, le cordon coupé, le premier bain, le bracelet d'identité, et la voilà toute de rose et blanc vêtue, ses premiers vêtements. ce petit corps minuscule, ses traits fins, ses jolis petits doigts et ce visage merveilleux de pureté... cette émotion quand je l'ai pris pour la première fois contre moi et que j'ai senti battre son cœur contre le mien.Tout cet amour partagé et magnifié par la venue de l'enfant... 

..Et puis la première rencontre avec la sœur aînée... la petit Margot, pas encore trente six mois de plus, qui vient à la rencontre du bébé. Son entrain dans le taxi qui nous amenait à la clinique. la jolie robe à smocks choisie par l'enfant elle-même pour l'occasion, avec le bandeau assorti et la peluche favorite dans les bras. Puis la nervosité sur son visage et son hésitation juste en sortant de l'ascenseur. sa petite voix me disant doucement "papa, on peut attendre une minute ?". L'enfant qui me serre la main très fort, respire un grand coup, se redresse et, avant de reprendre le chemin se racle la gorge puis me lance presque trop fort un "Allez, on y va !" décidé. Souvenir drôle mais émouvant aussi. La première photo de nos deux enfants côte à côte... 

..Le bonheur de leur mère. Ce moment idéal de sérénité et de contentement. Il y a 25 ans aujourd'hui. Deux autres enfants sont arrivés depuis. Le temps a passé. Le divorce. L'éclatement de nos vies, tant de changements, de ruptures, de moments difficiles. Et aujourd'hui, les deux aînées mamans. Augustin, 7 mois chez Margot et Joséphine, 4 mois chez Alix. Rien que de la joie et du bonheur et l'envie, à chaque seconde, de rendre grâce.


10 mai 2015

Venise gourmande : Savez-vous ce qu'est le Botiro ?


En dialecte vénitien, du temps de la Sérénissime, le beurre (burro en italien moderne), se disait “botìro”. Le botiro le plus fameux, réputé bien au-delà de la République de Venise, provenait des alpages de la vallée de Primiero (appelée aussi vallée del Cismon), dans les Dolomites, entre les Pale di San Martino et les monts du Lagorai. Quasiment oublié, on trouvait encore chez certains commerçants de Venise ce beurre très jaune au parfum et au goût très fins mais il aura fallu la curiosité des membres du mouvement Slow Food toujours à l'affût des produits authentiques des régions d'Italie, pour en relancer la consommation et redynamiser ainsi la production du site. En parler met l'eau à la bouche, surtout après avoir vu une de mes filles tartiner une tranche de pain avec un de ces machins presque blancs qu'on ose nommer beurre et que vendent de plus en plus chers nos supermarchés... Après avoir goûté le botiro, il est bien difficile d'apprécier les autres beurres, même en provenance de l'agriculture biologique et de fabrication artisanale. 
 
La renommée de ce beurre du Trentin était due à son exceptionnelle finesse et à son goût exquis certainement lié à la flore des pâturages de ces vallées riches en eau, mais aussi aux méthodes spécifiques d'élaboration qui permettaient d'obtenir un produit conservable pendant plusieurs mois. Contrairement à ce qui se fait partout ailleurs en montagne, l'usage dans les fermes de la vallée était de réserver la plus grande partie du lait pour la production de beurre, alors que le fromage, de qualité médiocre, très maigre, n'était qu'un produit secondaire, élaboré avec les restes de crème.

La technique de fabrication dont on a conservé la recette était fort simple mais elle nécessitait un savoir-faire qui se transmettait depuis la nuit des temps. Il fallait avant tout séparer la crème du lait. Trait le soir, le lait était mis à reposer toute la nuit dans des bassines couvertes laissées au frais, souvent à l'extérieur, afin de permettre à la crème de se faire naturellement. Au matin, on transférait cette crème à la laiterie. Aussitôt placée dans la baratte, la crème était battue jusqu'à ce que la matière grasse se désolidarise du babeurre. Rien de bien différent, pour ceux qui connaissent comment se fabrique le beurre, des procédés utilisés depuis toujours et partout.

Mais, l'eau fraîche qui provient des montagnes alentour et qu'on utilisait pour laver le beurre obtenu, contient des minéraux qui venaient enrichir le produit. Une fois rincé, le beurre était façonné en pains de grande taille qu'on laissait au frais une nuit supplémentaire sur et sous des linges de lin posés à même l'herbe du pâturage. A la fin de l'été, les gros pains de beurre étaient descendus dans les villages de la vallée et stockés dans des caves fraîches. On découpait les pains de beurre qu'on moulait dans des formes carrées dont le fond était sculpté de motifs floraux, permettant l'estampage de la plaque. On a conservé les moules anciens facilement reconnaissables avec leur motif de fleurs des montagnes. Contrairement à la plupart des beurres, celui-ci se conservait longtemps sans rancir et les marins en embarquaient sur les navires.

Une petite partie de la production était obligatoirement destinée à la consommation locale, à des prix contrôlés décidés par l'administration. La plus grande quantité prenait en décembre le chemin de Trévise et de Venise, où il était réceptionné et commercialisé par les marchands crémiers de la confrérie des butirranti. cette confrérie dont la scuola qui se réunissait dans la chapelle de l'Annonciation, dans l'église San Zuane non loin du Rialto était partagée depuis sa fondation en 1595, avec les gallineri (les marchands d’œufs et de volaille).
En 1773, la confrérie recensait 308 membres, dont 27 Garzoni (apprentis), 86 Lavoranti(employés) et 195 Capimastri (patrons) actifs dans 198 boutiques allant du magasin de luxe avec vitrine aux échoppes sombres et pauvres. Dans les dernières années de la République, les membres du syndicat étaient 446. Ils tenaient leur chapitre général dans les locaux de la Scuola dei Oresi au Rialto contre le versement d'une compensation à la confrérie qui les accueillait pour "assettar il luogo". En sus de la Benintrada versée à l'inscription sur le registre de la profession, la cotisation annuelle, la Luminaria, versée par les crémiers à leur confrérie était fixée à 4 lire par an. Lors de la fête patronale annuelle de l'annonciation, chaque membre recevait pan e botiro (pain et beurre) au lieu du traditionnel pan e candela (pain et chandelle) en usage dans les autres ordres professionnels. De même, à la place de l'hommage annuel au doge de deux faisans, la confraternité lui versait la somme de 99 lires et 4 sols.

Complètement perdue cette fabrication ancestrale est pourtant restée dans tous les esprits et la mémoire collective a conservé la saveur exceptionnelle de ce beurre. On en trouvait encore il y a une trentaine d'années, quelques fermiers des alpages de Primiero. La production vient d'être relancée par la volonté d'un convivium Slow Food de Vénétie. C'est ainsi que réapparait, dans les bonnes crèmeries le botiro di malga a panna crudo (beurre de montagne à la crème crue) et ce depuis deux ans maintenant par le Caseificio Comprensoriale di Primierola (laiterie Coopérative) qui regroupe une centaine d'éleveurs et de producteurs des environs.



Ce beurre possède un goût floral et herbacé prononcé. Il est d'une jolie couleur jaune paille, presque doré. Son parfum délicat rappelle les odeurs de la montagne quand le sol est couvert de rosée... Sa texture est naturellement légère et très malléable. Comme autrefois, la production du botiro est limitée à la période de l'alpage, c'est à dire entre juin et septembre. La crème utilisée provient de l'alpage de Fossernica situés à 1804 mètres d'altitude, au pied des cimes du Lagorai qui culminent à plus de 2.600 mètres. Les pâturages y sont très riches d'herbes aromatiques et le sol drainé par plusieurs sources, l'ensoleillement régulier et les nuits fraîches. Toutes conditions qui s'avèrent idéales pour que les bêtes produisent un lait excellent.

Outre le bonheur de pouvoir consommer un beurre de grande qualité et de retrouver le goût dont se délectaient nos ancêtres du temps de la Sérénissime, le renouveau du botiro va permettre d'éviter l'abandon de ces alpages et la disparition qui devenait inéluctable de nombreux troupeaux. difficiles d'accès les fermes de haute montagne vont ainsi retrouver une activité qui permettra à leurs habitants de survivre aux temps modernes et ne seront plus contraints de quitter la montagne. On ne peut s'empêcher de penser à la belle chanson de Jean Ferrat... Le projet du convivium est d'accroître les lieux de production aux alpages des environs pour revenir, toujours selon les modes de culture traditionnels, à un niveau de production équivalent à celui d'autrefois, quand la république de Venise se fournissait presque exclusivement à Primiero (dans les villages de Canal San Bovo, Imèr, Mezzano, Sagron-Mis, Siror, Tonadico et Transacqua) pour son botiro. La plus efficace contribution à la conservation du territoire local et à une agriculture soutenable !

La chaîne du Lagorai et les pâturages

8 mai 2015

Venise, ville ouverte mais pas à n'importe quelle condition


Une de mes plus fidèles lectrices rencontrées l'autre jour sur une place soulignait son désarroi face à certains billets de Tramezzinimag somme toute assez noirs. Le pessimisme né d'un constat que nous sommes de plus en plus nombreux à faire n'empêche en rien notre volonté de continuer à lutter pour sauvegarder non seulement la Sérénissime mais le mode et la manière d'y vivre si particuliers et qui fait notre attachement à elle. Rappeler les exactions du tourisme de masse, dénoncer les abus qui pourraient défigurer la Venise que nous aimons fait partie der notre devoir d'amoureux transis.  

..Après le constat, le propositions. Elles émanent de partout. La plupart du temps, lorsqu'elles ne sont pas suscitées par l'appât du gain ou une volonté éhontée de profit, ces propositions contribuent à perpétuer la civilisation vénitienne. En rappelant au monde qui se rend en masse sur la lagune ses usages et ses traditions, en éduquant les visiteurs au respect et à la Prudence face à un trésor unique qui se donne à tous, appartient à tous mais dont nous recevons chacun la totalité. Comme le pain maternel magnifié par Victor Hugo dans un de ses poèmes... La mort de Venise serait le préambule de la disparition du monde civilisé. Sa protection et son entretien, son organisation qu'il est nécessaire d'adapter aux usages du monde moderne sans pour autant détruire le mode de vie de ses habitants, sont autant de mesures pilotes qui, presque toujours, peuvent être appliquées au reste du monde.


..Vivante et trépidante merveille du monde, Venise a inventé une grande partie de ce qui a fait le monde moderne. Son organisation traditionnellement soutenable peut servir d'exemple aux nouvelles organisations urbaines, à un moment-clé de notre civilisation : soit la fuite en avant où travaux pharaoniques dont on ignore la la réelle efficacité et appel aux techniques les plus sophistiquées pour produire davantage de ressources financières, soit une adaptation des usages anciens pour une meilleure adéquation des besoins humains avec la nécessaire protection des ressources naturelles. Venise est un laboratoire. Si des savants fous s'en emparent, ne rêvant que de croissance et de profit, c'est la mort de la cité des doges qui se profilera à l'horizon, suivie de près de la mort de la civilisation, puis de la planète. Si des inventeurs sages et avisés au contraire en sont les décideurs, la renaissance de Venise, les solutions écocitoyennes qu'ils déploierons seront autant d'exemples et de modèles pour le reste du monde. 

..Mais pour cela, il ne faut pas se voiler la face. L'idée que la totalité de la population mondiale puisse de plus en plus facilement arpenter les calle et les campi de la Sérénissime est réjouissante. se remplir la tête de toutes ces beautés n'a pas à être le privilège de quelques happy few capables de s'installer dans des hôtels de luxe ou des paquebots monstres, de louer de somptueux palais et de visiter églises et musées  devant la populace médusée tenue à distance par de musculeux gardes-du-corps, plus méprisants que leurs maîtres. Mais ce droit à la beauté ne doit pas être accompagné du saccage de cette beauté unique. Venise appartient à l'humanité. Pas aux banques, aux multinationales, aux milliardaires, aux industriels, aux politiques. C'est pour cela que Tramezzinimag parfois, trop souvent peut-être, se laisse aller à une description apocalyptique du déferlement touristique actuel. Mais, l'amour est toujours là.

La folla in piazza San Marco all'ora...
La foule sur la Piazzetta à l'heure du déjeuner (foto Interpress)
Véritable samedi noir.
Le dernier weekend pascal illustre parfaitement cette situation de plus en plus intenable qui va inéluctablement conduire, à un moment ou à un autre, à la mise en place de mesures coercitives qui risquent de ne faire qu'aggraver les conditions de vie des vénitiens. Il ne faut pas oublier que la Sérénissime n'a plus de municipalité depuis des mois sur l'initiative du président du conseil (qui est florentin, cela est à prendre en compte). Des élections vont bientôt avoir lieu. Les candidats rivalisent de projets et d'idées. Mais en attendant, ce fameux weekend restera dans les mémoires.

Dès le samedi, la ville fut littéralement prise d'assaut. Véritable cauchemar pour ceux qui étaient dans le centre historique ce jour-là. Les premiers problèmes sont apparus samedi tôt le matin, annonciateurs d'une journée difficile : La foule qui débarquait des autobus Piazzale Roma, les longues files d'attente pour atteindre les parkings, des embouteillages sur le Pont de la Liberté et les quais de la gare noirs de monde... Peu avant midi, le réseau ACTV menaçait d'exploser en dépit des nombreux bateaux supplémentaires mis en circulation pour essayer de juguler le flot des visiteurs qui s'entassaient sur les pontons des embarcadères de Piazzale Roma et de la Ferrovia. les lignes desservant le Grand Canal et les îles,avec en tête Burano et Murano, étaient pris d'assaut par une foule compacte et tout sauf bon enfant. Des files d'attente à n'en plus finir, la colère de nombreux vénitiens obligés d'attendre parmi la horde des touristes... 
 
Un inévitable chaos
Partout le long du parcours habituel des touristes, les rues étaient encombrées, on avançait aussi lentement que sur un périphérique aux heures de pointe. Les ruelles du centre historique étaient littéralement noires de monde et la foule grondait, rageant de ne pouvoir avancer, les gens se marchant les uns sur les autres. Étouffante et dangereuse atmosphère. Du côté de la Piazzale Roma, dès la mi-journée la situation s'avérait très critique. des milliers de véhicules attendaient de pouvoir accéder aux garages vite pleins. Et bon nombre des voitures agglutinés le long du pont d'accès à la ville ont dû faire demi-tour pour aller se garer sur la terre ferme. Des centaines d'autocars, de bus, les trains bondés qui déversaient des flots de visiteurs. 

..Une ambiance de kermesse ressemblant au fur et à mesure de l'avancée de la journée en une atmosphère d'émeute... Des commerçants prudents baissèrent le rideau, de nombreux restaurateurs furent complètement vidés de leurs stocks de boissons et de sandwiches, les queues devant les monuments s'allongeaient d'heure en heure et il devint vite impossible d'avancer sur le pont du Rialto, le long des ruelles menant à San Marco et sur la Piazza même ou plusieurs dizaines de milliers de personnes stagnaient ne sachant plus dans quelle direction aller pour se sortir de cette foule compacte. s'il n'y eut pas d'accidents graves à déplorer, la ville est une fois de plus passée très près de la catastrophe avec ses vaporetti bondés, les embarcadères couverts de monde...


..D'aucuns pensent qu'il faudrait se réjouir de ce succès ininterrompu qui amène à Venise le monde entier. En période de crise économique, on pourrait croire que l'afflux de touristes génère des bénéfices dont toute la communauté locale doit profiter. Il n'en est rien hélas, bien au contraire. Trop de touristes tuent le tourisme. L'excès de visiteurs entraîne rapidement un surcoût pour la ville et les dommages qui en découlent vont jusqu'à mettre en cause sa survie même. L'Organisation Mondiale du Toursime (WTO) - qui ne vaut pas mieux dans sa philosophie que l'Organisation Mondiale du Commerce (WTO) - parle de la capacité de charge d'un site touristique. Au-delà d'un nombre maximum de visiteurs sur une période donnée, les caractéristiques environnementales, physiques, économiques et socioculturelles sont inéluctablement compromises.  La capacité de charge établie pour une cité touristique ne compromet pas la vie normale de cette ville et permet de satisfaire pleinement les touristes. cette capacité est depuis longtemps dépassée à Venise, entraînant d'énormes dommages matériels, un coût incroyable pour la municipalité et poussant les vénitiens à quitter de plus en plus nombreux le centre historique. le respect de cette capacité de charge est donc un principe fondamental pour garantir à une destination touristique sa survie lorsque ses ressources forcément limitées sons sous pression. Il est urgent d'agir.


..Mais, comme le soulignait à juste titre ma fidèle lectrice, Venise garde encore quelques endroits secrets, éloignés du passage des touristes qui ne s'aventurent pas encore partout, où elle reste authentique et pleine de charme. Et puis, il y a la nuit, le matin tôt, quand les touristes ne sont pas encore réveillés où nous pouvons l'avoir pour nous seuls, vénitiens et Fous de Venise...

4 mai 2015

Bartolomeo Cristofori, le génial inventeur du pianoforte

 
Même Google a décidé de le célébrer : Il y a 360 ans, le 4 mai 1655, naissait à Padoue, Bartolomeo Cristofori, célèbre facteur de clavier et inventeur d'un mécanisme révolutionnaire, l'ancêtre du piano, et deviendra le piano-forte. Citoyen de la république de Venise, c'est Venise et son carnaval qui décidèrent du destin de ce brillant artisan, musicien et inventeur de génie.

Pianoforte Cristofori de 1722
..S'il ne reste plus des premiers pianos qu'il inventa que trois instruments, tous en parfait état (le plus ancien (1720) est au Metropolitan de New-York, un autre (daté de 1722) au Musée des Instruments de Musique de Rome et le dernier (1726) à Leipzig), on a conservé une abondante littérature concernant ce facteur, et plusieurs clavecins et des clavicordes appartenant le plus souvent à de vieilles familles italiennes, tant à Venise, Florence qu'à Rome. 

Côme III de Médicis
..Cristofori était un facteur réputé. On venait de Venise, mais aussi du reste de l'Italie et parfois d'Allemagne, pour visiter son atelier et lui commander un instrument. La presse de l'époque parlait souvent de lui, mentionnant ses instruments lors de concerts de la sérénissime. On dit que le prince Ferdinand de Médicis, fils aîné de Cosimo III, l'avant-dernier Médicis à régner sur la Toscane, ramena deux choses de son séjour à Venise pendant le carnaval de 1688 : la syphilis et le génial facteur... Grand libertin, le prince était aussi un formidable mécène, grand connaisseur, protecteur des arts et des sciences, qui voulait ce qu'il y avait de mieux sur la planète pour sa ville de Florence.  Son règne aurait certainement été pour les Arts ce que furent les règnes de ses plus célèbres ancêtres de la renaissance. Hélas, il mourra avant que de pouvoir monter sur le trône et c'est son plus jeune frère, Gaston qui succèdera à leur père. Sans descendance, le dernier duc de Toscane laissera la couronne aux ducs de Lorraine. mais cela est une autre histoire.
 

Bartolomeo Cristofori
..Le seul portrait connu de Bartolomeo étant présumé disparu lors des bombardements de Berlin en 1945, on ne conserve que des clichés en noir et blanc de la peinture. On y voit un homme à l'allure aristocratique, richement vêtu, semblable à tous les portraits des courtisans de la cour de Toscane. On ne sait pas grand chose de son cheminement vers la profession. Il a certainement travaillé comme apprenti dans l'atelier de Francesco Ongaro (Le Hongrois) ou dans une des nombreuses boutiques de facteur de la Sérénissime.Sa renommée était certaine, au point d'intéresser les princes en visite sur la lagune. Venise était au XVIIe siècle un centre réputé de fabrication d'instruments. De nombreux ateliers formaient des apprentis qui, la plupart du temps, ouvraient à leur tour  leur propre atelier. Le transport à l'époque étant long et coûteux, Ferdinand qui connaissait la réputation du maestro Cristofori, lui proposa de le rejoindre pour prendre la charge de l'entretien et de la réparation des instruments de musique de la cour.  Les Médicis avaient la réputation de bien récompenser les artistes et les artisans qu'ils attiraient à Florence. Il est alors âgé de 33 ans. Il est temps d'aller de l'avant. Bartolomeo accepte l'offre, avec la bénédiction du gouvernement de la République - toujours ravi d'entretenir des rapports diplomatiques les plus positifs possibles avec ses homologues toscans. 

..S'il a certainement commencé de réfléchir à cet instrument piano e forte (doux et fort) à la demande de compositeurs dont les compositions modernes nécessitaient des expressions plus nuancées, dans son atelier de Padoue, Bartolomeo Cristofori présentera son premier instrument à Florence. On en retrouve l'information dans un article signé du marquis Scipione Maffei de Vérone, qu'il fera paraître en 1711 dans le Giornale de Letterati d'Italia,  célèbre revue littéraire dont cet érudit était le fondateur.

Giornale de Letterati d'Italia, Livraison 5, 1711

..L'objectif de Bartolomeo était de doter le clavecin de nouvelles possibilités expressives, plus nuancées. Pour cela, il s'agissait de trouver un moyen qui permette à l'instrumentiste de varier l'intensité des sons selon la force exercée sur les touches.  le clavicorde le permettait déjà, mais le son émis par cet instrument d'études dont raffolaient Bach et Vivaldi, restait trop faible par rapport au clavecin.
Pianoforte de Cristofori (1720) - Metropolitan Museum, New-York
..Un peu de technique sans vouloir ennuyer le lecteur : Il eut l'idée d'un mécanisme de frappe des cordes qui donnerait une émission sonore beaucoup plus puissante. Une fois mis au point, il adapta ce nouveau mécanisme à une caisse de clavecin et nomma ce nouvel instrument  gravicembalo col piano e forte qui fut baptisé par la suite pianoforte. L'aspect extérieur était celui du grand clavecin italien. Quelques années plus tard, l'allemand Johann Gottfried Silbermann perfectionna les trouvailles de Cristofori et ce fut la naissance du fortepiano, qui ressemblait davantage à un clavicorde et amena les facteurs à l'invention du piano moderne, dans les premières années du XIXe siècle.

Ferdinand de Médicis

..Mais revenons au carnaval de cette année 1688. Ferdinand est venu faire la fête et la Sérénissime l'accueille somptueusement. Ce ne sont que bals et soupers fins, concerts et ballets. Les courtisanes s'empressent autour du jeune prince dont l'ardeur amoureuse et la générosité sont connues de l'Europe entière qui suit ses frasques avec bienveillance. L'époque est à la légèreté après tout. Cela n'empêche en rien le prince d'avoir une grande idée de sa mission et beaucoup d'esprit. Lorsqu'il rencontre le facteur de clavecins, lors d'un de ces raouts qui succèdent aux concerts, Ferdinand s'entretient un long moment avec lui. Il lui propose la charge de responsable des instruments de la famille ducale avec un appointement de 12 écus par mois. Cristofori accepte et fait ses bagages et repart quelques semaines plus tard avec le prince. Aussitôt installé à Florence, ils e met au travail et aménage un atelier indépendant où il s'adonnera à son travail de recherche. C'est ainsi qu'avant l'invention de son gravicembalo, il met au point deux nouveaux instruments à claviers, variantes de l'épinette italienne et quelques autres prototypes avant d'arriver au futur pianoforte. Un bulletin de la cour de Toscane publié en 1700, mentionne pour la première fois l'invention : 
"Un Arpicimbalo di Bartolomeo Cristofori di nuova inventione, che fa’ il piano, e il forte, a due registri principali unisoni, con fondo di cipresso senza rosa."* 
.."Arpicimbalo", ce drôle de nom devait certainement être celui donné à son invention par Bartolomeo Cristofori. Terme vite abandonné et remplacé par le qualificatif d'origine, piano e forte : pianoforte. La nouveauté du son attirera au début que peu d'interprètes. En revanche, les compositeurs trouvèrent dans ces nouvelles nuances des possibilités qui allaient dans le sens de l'évolution de la création musicale. Le mécanisme qui permettait aux marteaux de percuter les cordes à la places des sautereaux qui les pinçaient, puis de reprendre leur position initiale, tout cela était révolutionnaire. Avec ses premiers essais, Cristofori poursuivait cette idée qui était devenue obsessionnelle : parvenir à réaliser un clavecin avec de vraies capacités dynamiques que pourrait contrôler l'interprète, contrairement aux possibilités du clavecin traditionnel dont on peut seulement pincer les cordes sans pouvoir contrôler la dynamique qui détermine l'intensité du son. 

Cristina Antonia Somis au pianoforte avec son père (cello) et son frère (violon)
..Le génial inventeur réalisa trois prototypes qu'il fit essayer autour de lui. Reconduit dans sa charge de facteur de la cour après la mort de son protecteur en 1713, Les difficultés économiques du duché ayant amené la diminution de ses appointements, il vendit ses instruments dans le monde entier, notamment au roi du Portugal. Cherchant toujours à perfectionner le mécanisme, il fut rejoint par Giovanni Ferrini qui lui succédera et sera l'un des plus célèbres fournisseurs de pianoforte après la mort de son maître, en janvier 1731.

..Ci-dessous, le claveciniste américain Dongsok Shin interprète la sonate en ré mineur K.9 de Domenico Scarlatti (1685-1757) sur le Cristofori de 1720 conservé à New York :



 (*) :" Un harpi-clavecin (sic) de Bartolomeo Cristofori nouvellement inventé, qui permet le doux et le fort, à deux registres principaux à l'unisson, avec une table d'harmonie en cyprès sans rosace)"

27 avril 2015

Voir Venise autrement

à A.

Difficile quand on est totalement, absolument, inconditionnellement possédé par une ville que de devoir la partager à tout moment avec plus de vingt millions de touristes dont la très grande majorité s'avère n'y rien comprendre, venant en coup de vent pour la consommer et violer sa magie et sa sérénité. Difficile aussi de ne pas jeter l'éponge et de se résoudre à partager, accepter l'idée que rien ne sera plus comme avant. A Venise comme partout ailleurs, les temps modernes font leur œuvre de désenchantement et de déconstruction. Nous assistons sans rien vraiment pouvoir faire à la décomposition d'un monde, et cette simple considération montre combien je vieillis. Plutôt combien je deviens vieux. La Venise de ma jeunesse n'existe plus. A chacun de mes séjours dans la cité des doges, je découvre de nouveaux hôtels, de nouvelles boutiques à gogos et de plus en plus de tags et de graffitis. Des travaux partout certes, mais combien de maisons vides, abandonnées par des familles qui ne peuvent plus se permettre de vivre là où depuis toujours ils vivaient. Si le dialecte résiste, on voit de plus en plus d'inscriptions en anglais, au marché, à la devanture des magasins, dans les musées. Le français est souvent absent désormais. Le coiffeur où j'allais a fermé ses portes, la petite crèmerie où on trouvait du yaourt turc, de la véritable feta et du lait ribot, du beurre à la motte et du lait cru est à vendre, la lisseuse qui repassait merveilleusement bien mon linge s'est retirée et le rideau de fer est baissé, lamentablement couvert d'affiches et de tags... Les exemples sont nombreux qui me dépitent un peu plus à chaque voyage. Et puis, le plus douloureux, c'est de n'avoir plus un toit à moi dans la ville de mes ancêtres. Devoir à chaque fois chercher un refuge en épluchant toutes les annonces des agences et des particuliers, pour atterrir faute de  moyens suffisants dans la chambre inondable d'une foresteria religieuse, fréquentée par des étudiants. Même ces établissements au confort spartiate pratiquent aujourd'hui des tarifs incroyables qui empêchent d'y faire de longs séjours. Les locations d'appartement ont des prix équivalents à ceux pratiqués à New York ou à Londres. 

Collections Pinault à la Punta della Dogana
Le TAFTA (élaboré en secret et dont personne ne parle) n'est pas encore adopté - heureusement - que déjà le libéralisme triomphant a eu raison d'une frange nombreuse de la population mondiale qui ne peut ni ne veut se contenter des voyages calibrés organisés pré-digérés, certainement très économiques, financièrement, mais assez arides d'un point de vue culturel. Voyages en groupe mortels pour le libre-arbitre d'un individu normalement imbu de sa liberté et de son indépendance. Bref, quand on ne veut pas être emporté avec le troupeau, il vaut mieux être fortuné. Je ne le suis plus, si seulement je l'ai été un jour. Disons que je ne vis plus au-dessus de mes moyens et que ces derniers sont assez proches du niveau de la mer. Faute de talent ou d'ambition peut-être. On ne peut pas vivre en décroissance et ambitionner de longs séjours à Venise. il est loin le temps où avec les mille francs mensuels de ma rente d'orphelin je vivais largement, payant le loyer de mon petit appartement, la nourriture et celle de mon chat, mes livres, mes cigarettes et mes longues stations au Cucciolo, devenu depuis la très sélect terrasse de la Calcina. Mille euros par mois de nos jours n'y suffiraient plus. Est-ce à dire que Venise est devenue une ville pour les riches du monde entier, quelques centaines de happy few nouveaux riches, potentats et mafieux russes, rois du pétrole ou vedettes vite engraissées de Britain's Got Talent ou gros épiciers parvenus férus d'art contemporain ? Qu'en dirait un Balzac ou un Flaubert  s'ils revenaient parmi nous pour se promener sur la Piazza, au Rialto ou le long des Schiavoni ? Certains vont crier à l'aigreur alors que ces lignes ne sont qu'un cri de dépit devant un monde qui se perd et ne change pas en bien, devant une civilisation qu'on laisse mourir au nom du profit et de la croissance, sacrifiant au passage les vraies libertés et bientôt la démocratie.  

Mais il faut résister. A tout cela. A nos sautes d'humeur aussi, et raison garder. Toujours. Pour cela, il nous faut voir Venise autrement. Avec le cœur bien plus qu'avec les yeux. Elle change, mais demeure identique. Miracle de la Sérénissime qui domine encore l'âme et l'esprit des hommes à défaut de dominer les mers et le monde, comme elle en eut la prétention ou la tentation autrefois. Voir Venise autrement, c'est aller à contre-courant des guides et des manuels. C'est aller au hasard, le nez au vent, sans courir, sans but précis, sans plan non plus. C'est regarder ce que les autres ne prennent pas le temps de voir, un détail, une scène domestique, un reflet, la couleur du torchis sur un mur ensoleillé... 

Voir Venise autrement, c'est s'éloigner des chemins qu'empruntent les hordes de touristes, se réveiller tôt pour assister à l'ouverture du marché du Rialto ; c'est se promener sur la Piazza en pleine nuit quand il n'y a plus personne et que les pigeons dorment ; c'est s'asseoir au pied du lampadaire de la Pointe de la Douane et regarder le silence de la nuit... Admirer la beauté de la cité endormie et confondre les battements de notre cœur avec le clapotis de l'eau jusqu'à l'ivresse. C'est aussi - privilège difficilement partageable - aller sur les canaux et les rii, au rythme de la godille, dans le plus parfait silence et à un rythme parfaitement adapté au rythme de notre pensée... J'entends déjà les moqueries devant ce lyrisme adulescent. Mais ceux qui ont eu la chance d'aller ainsi, à la rame sur les voies d'eau de la Sérénissime sauront de quoi je parle...


Je préconiserai même de laisser dans sa chambre l'appareil-photo, mais aussi le smartphone, la tablette et tout ce qui donne l'illusion d'être branché, les guides et les plans. Une montre suffit, bien que les cloches de la ville soient là avec leur chant pour nous rappeler l'heure. Voir Venise autrement. Partir à sa découverte, même quand on la connait bien. Se laisser aller au gré de ses pas, de ses pensées et de son humeur. Marcher d'un pas tranquille quand il n'y a personne, d'un pas qui s'accélère au milieu de la foule, autour du Rialto, de San Marco ou le long de la Lista di Spagna. Respecter les codes urbains que les touristes violent à chaque instant : ne pas s'asseoir sur les marches d'un pont ni au bord de l'eau - (sauf s'il y a des bancs comme le long des Schiavon), marcher sur la droite dans les ruelles, et s'il pleut, savoir lever son parapluie quand la personne qu'on croise le penche ou vice-versa, ne pas s'arrêter en plein milieu d'une voie ni sur la plateforme d'un pont, ne pas encombrer les pontons du vaporetto, etc... 

Voir Venise autrement... Boire des yeux toute cette beauté, la lumière, les reflets, les ravages du temps et les vestiges d'un passé grandiose fixés sur les parois de la ville par les pilleurs que furent pendant des siècles les vénitiens, transportant à Venise pour notre plus grand bonheur des trésors de Byzance ou d'ailleurs. Et puis sentir cette vie qui grouille encore dans certains quartiers éloignés des sites touristiques. Entendre, mêlés aux bruits de la ville semblables aux bruits que l'on y entendait autrefois, cette langue unique et cet accent pareil à celui que Goldoni a transcrit dans son théâtre... Le pittoresque, le curieux, l'inattendu. 

Être chat à Venise, une noble lignée. Cela ne s'invente pas...
Et puis la faune : les chats, moins nombreux qu'autrefois hélas, les oiseaux et autres volatiles, de toutes tailles, qui vivent en bonne intelligence avec les humains. Les chats surtout qui sont à Venise comme dans leur royaume, harcelés pourtant désormais par la mode des chiens, moins à leur place et plus encombrants. J'avais écrit il y a des années pour une petite filleule une histoire (inspirée de faits réels), que j'avais intitulé Le roi des chats est vénitien. Les mamagatti (équivalent vénitien des gattare romaines) s'occupent encore, dans les cours de l'hôpital, près de l'Accademia, à San Francesco della Vigna ou du côté de Sant'Elena, de ces colonies de chats qui empêchent depuis toujours les rats et les souris de proliférer et ce par leur seule présence. Il aura fallu un élu imbécile, grand détesteur de la race féline (l'homme aimait seulement les chiens), pour décider de les éliminer. Ils furent déportés par centaines à la fin des années 80, sur une île déserte où vite livrés à eux-mêmes, ils moururent de maladie et d'un manque d'amour. Mais les chats vénitiens sont obstinés et déterminés comme tout bon vénitie. Ils reviennent. Votre serviteur lui-même, il y a quelques années, a réintroduit trois magnifiques félins en pleine possession de leurs moyens, deux jeunes mâles et une femelle, tous trois d'origine vénitienne. Mitsou (le roi des chats selon mes enfants) qui coule des jours heureux dans son exil aquitain n'attend que le retour à Venise pour y finir ses jours avec son maître ! Je ne le tiens évidemment pas au courant de l'évolution de la situation géopolitique et économique qui rend son retour triomphal assez peu probable. Il rêve parfois la nuit de siestes sur le couvercle de bronze d'une margelle de puits, dans un cortile protégé des regards indiscrets...

décoration d'un salon du Palazzo Vendramin
Continuons notre promenade. Les touristes envahissent le musée de l'Accademia et le palais des doges. Qu'à cela ne tienne, vous irez à San Marco à l'aube, pour entendre la première messe ou bien tard le soir aux Vêpres. On pénètre dans la basilique par le côté, côté palais patriarcal. Outre le salut de votre âme, vous vous remplirez le cœur de bonheur en ayant la basilique presque pour vous seul...  La messe à San Giorgio vous fera découvrir l'hiver les trésors de ce couvent bénédictin et la première messe du dimanche dite par un dominicain vous permettra de chanter et de prier dans Zanipolo*. Les salles du casino ne sont pas ouvertes qu'aux joueurs : on peut s'y promener et découvrir les antiques salles où vécut la charmante et légère Duchesse de Berry qui en d'autres circonstances serait devenues reine de France.Elle fut mère d'un roi qui ne régna que l'espace de quelques semaines. Henri V, le dernier des Bourbons vécut lui aussi à Venise avant d'aller s'enterrer à Frohsdörf. On lui doit la décoration du palazzo Franchetti, aux pieds du pont de l'Accademia. Le palazzo Vendramin-Calergi abrita aussi les derniers mois de la vie de Wagner. Il n'eut pas le temps de détruire le revêtement des murs de la princesse. De toute manière, il n'occupait qu'une aile à un étage secondaire. Il y est mort, mais cela vous le savez tous, chers lecteurs.

Tradition de la cérémonie de bizutage à l'occasion la Laurea des étudiants de ca'Foscari.
Mais Venise ce n'est pas que le passé, l'histoire, les temps anciens et révolus. On y vit comme partout ailleurs et cette vie-là justement est agréable à observer. Les jeunes gens qui restent y sont bien plus beaux qu'ailleurs. Parti-pris ? Non, simple vérité : Venise est une ville universitaire qui attire des milliers d'étudiants des deux sexes. Obligés d'aller à pied et disposant de peu d'endroits "modernes" où ils pourraient s'assourdir et s'enivrer, les jeunes de Venise envahissent les campi : San Luca, Santi Apostoli, Santo Stefano et surtout Santa Margherita... Autant de lieux où ils se retrouvent, transformant ces places en salon de plein-air. L'air marin, le fait d'aller toujours à pied pour la plupart, et de pratiquer le canotage pour beaucoup, leur donne un air sain et épanoui, même en hiver. L'absence de véhicules à moteur y est aussi pour beaucoup. Ils vont à pied, se déplaçant par bandes, comme autrefois et cette ambiance dolce vita, est un bonheur dont je ne me suis jamais lassé depuis le temps où moi aussi, j'arpentais le campo Sta Margherita et les abords du Cherubin' ou du Haig's (bars à la mode dans les années 80 et tous deux disparus aujourd’hui) le temps d'une passeggiata.

Burano
Il y a moins de jeunes aujourd'hui. Des écoles et des collèges ont fermé leurs portes faute d'élèves. A Burano et encore davantage à Torcello, la jeunesse autochtone se fait rare. Mais quand on se promène du côté des Santi Apostoli, à Santa Maria Formosa, à San Polo ou sur le campo San Giacomo, le nombre incroyable de bambins en train de jouer après l'école, montre que la relève est assurée. Et puis tant mieux si à ces jeunes vénitiens de sang se mêlent de jeunes chinois, des français, des anglais, des africains. Venise a toujours été un lieu d'accueil où tous les peuples vivaient ensemble en bonne intelligence. Après tout, Venise a souvent montré la voie au reste du monde. C'est en cela qu'elle mérite encore, et en dépit de tout, son titre de Sérénissime !



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