30 juillet 2015

Venise est un paradoxe

Venise est un paradoxe, un univers, une civilisation à elle toute seule. On aime Rome, Florence ou Naples parce qu'elles sont criblées de monuments tout en restant des bourgades bon enfant même au XXIe siècle et la modernité qui se mêle aux vestiges ne perturbe guère. Mais Venise c'est autre chose. Ce n'est pas ça Venise. Ce n'est pas le passé qu'on revisite, c'est bien aussi le monde d'avant qui surgit, mais un passé vivant. On se fond naturellement dans un monde partout ailleurs disparu. C'est quand on est à Venise quelque chose de naturel, oui c'est exactement cela, quelque chose de naturel. : comme si on se retrouvait soudain mentalement à la campagne tout en étant physiquement au beau milieu d'un très dense tissu urbain. Vous voyez ce que je veux dire ?

C'est la le charme premier de Venise. Quand on y est sensible, on ne s'en remet pas vraiment. Jamais. Ce n'est pas un musée bien que beaucoup aimeraient que cela le devienne. Ceux qui veulent la protéger de la modernité, et mettre ses trésors le plus possible hors de l'usure du temps. D'autres qui la rêvent en Disneyland plein de verroteries taïwanaises parce que cela leur rapporterait beaucoup... Et pourtant, il y a de multiples raisons d'inquiétude. Je suis passé tout à l'heure devant la pharmacie Morelli, sur le campo San Bartolomeo. Les lecteurs de Tramezzinimag le savent, c'est dans une de ses vitrines qu'a été installé il y a quelques années un compteur électronique mis à jour quotidiennement et qui recense le nombre exact de résidents du centre historique. Mon premier réflexe fut de rire de satisfaction égoïste en ajoutant mentalement une unité au chiffre que je venais de lire, puisque je venais d'arriver le matin même. Mais un frisson me parcourut en entier quand je réalisais le chiffre qui apparaissait dans la vitrine : 56.045 (plus moi)... Nous étions plus de 80.000 dnas les années 80... Tout le reste de la journée, je n'ai vu la ville aimée, ces lieux que je connais tellement bien, les cafés où j'aime m'arrêter, les boutiques où j'ai mes habitudes, d'une manière différente. Une sorte d'angoisse et de tristesse. Passant dans les environs de San Luca, près du Rialto, sur le pont de l'Accademia ou près de San Giovanni e Paolo, me frayant un passage au milieu de la foule des touristes, je pensais à cette terrible hémorragie. Quoi de plus triste que d'imaginer Venise vidée de ses habitants, laissée comme une proie aux hordes de touristes qu'elle fascine à juste titre, mais qui ne lui donneront jamais la vie que lui donnent ses véritables occupants, les enfants qui jouent sur les places, devant les anciens amusés, les commères qui échangent potins et recettes, toute cette vie simple et quotidienne qui fait le charme d'une communauté humaine. Il y a désormais de nouveaux vénitiens, tombes sous le charme de la cité des doges et dont les moyens financiers ont du moins le mérite de permettre la rénovation de palais qui avant leur intervention menaçaient ruine, mais sont rares à vivre là toute l'année. Les étudiants ? Ils ne font que passer et se loger à Venise coûte tellement cher. Mais ils contribuent - un peu moins l'été que l'hiver - à maintenir la Sérénissime bruissante de jeunesse, de rires et de musique. Il faut voir le campo Santa Margherita à l'heure la passeggiata pour s'en rendre compte...

Triste paradoxe que cette ville idéale en ce qu'elle avait toujours su au fil des siècles combiner impératifs naturels et besoins humains, créant un habitat, des usages et des règles qui permirent aux vénitiens de vivre confortablement en dépit d'un milieu hostile, de s'adonner au commerce et à l'industrie, et qui aujourd'hui n'est même plus sûre de pouvoir conserver ses habitants et deviendra peut-etre un musée au mieux, au pire un parc d'attraction aux mains d'un consortium mêlant le Casino Municipal et des financiers de Las Vegas. Les seuls vénitiens qui resteront seront serveurs, gardiens, vigiles, manutentionnaires ou figurants de shows pseudo-historiques. Les touristes qu'on débarquera des milliers d'autocars et des centaines de maxi navi chaque jour seront ravis. Et dans la vitrine de Moretti, le compteur marquera tristement "abitanti : 000.000"...

22 juillet 2015

La fin d'un monde ? Simple constat et petit manifeste...


Non, ce n'est pas de la paresse, mais le délicieux morceau de musique redécouvert ce soir m'a rappelé un billet écrit il y a deux ans et dont le nombre de lecteurs dépassa le 2.500 personnes, d'une manière assez inattendue. pour ceux qui ne l'auraient pas lu en son temps, le revoici : ICI.

Autres temps, autres mœurs : en 2013 il y avait encore un vrai public pour lire et prendre le temps d'errer au fil des pages parmi la kyrielle de blogs qui développaient encore cette nouvelle manière de communiquer à travers le monde en profondeur et avec gourmandise. Puis sont venus les réseaux sociaux et tout s'est accéléré. Les textes de plus de 150 mots sont devenus hors-mode, objets de curiosité autant que de moquerie... Il a fallu s'adapter, raccourcir et sans cesse produire de l'information, la plus plate et évènementielle possible et tout un monde nouveau s'est ratatiné. Nous avons tous essayé de combattre le phénomène mais il était trop tard. 

Avec plus de 285.000 visiteurs certaines années, et des pointes certains jours à 5.000 visiteurs, Tramezzinimag est tombé à une moyenne de 125 à 200 visiteurs par jour (péniblement) ce qui fait une moyenne annuelle qui baisse au même rythme que la population de Venise sur le compteur de la pharmacie Morelli... Le blog a fêté - sans tambour ni trompettes - ses 10 ans, fier d'avoir été parmi les premiers consacrés à Venise et le tout premier à avoir eu un rayonnement international en tant que premier magazine virtuel des Fous de Venise. Dieu comme cela parait loin. 

Ce fut le temps des interviews à la radio suisse romande, les sollicitations d'agences de publicité ou de voyage, les demandes d'aide de sociétés de production télévisuelle, et pas des moindres. Tramezzinimag a cherché à répondre, à chaque fois, du mieux possible, en donnant de la sérénissime une image nouvelle et, un ami journaliste me le rappelait il y a quelques jours, en inventant un ton nouveau après moult tâtonnements (et parfois le pillage involontaire de photographies prises par d'autres blogueurs qui sont tous devenus des amis). 

L'heure est aux réseaux sociaux. Snapchat, Twitter, Instagram, Pinterest et Facebook permettent d'aller vite, d'aller à l'essentiel. Les liens et autres hashtags qui renvoient vers Tramezzinimag n'amènent guère de nouveaux abonnés (246 à ce jour contre 530 en il y a encore 4 ans). La crise, mes amis ! Mais ces lignes ne sont pas à lire autrement que comme un constat des temps qui changent. Rien à redire après tout, ce sont nos temps et nous devons faire avec n'est-ce pas. Je ne sais pas vous, mais je demeure fidèle à la chose écrite. Aux tablettes et autres liseuses électroniques, je continue de préférer les bons vieux livres faits de papier et d'encre, qu'on amène partout avec soi sans avoir à s'inquiéter de les recharger, ces pages qu'on peut surligner au crayon, où qu'ont prend plaisir à marquer avec une photo, un ticket de tram ou une carte postale.  Qu'on peut lire et relire avec toujours autant de plaisir et puis qu'on range avec amour dans sa bibliothèque...

Tramezzinimag reste fidèle à ce qu'aurait toujours dû être internet, une lieu de culture et d'approfondissement des connaissances, pas un hall de gare bâti sur des courants d'air pour une génération écervelée, superficielle et désabusée. Allez, chers lecteurs, ne nous laissons pas abattre ! Restons entre aficionados de notre chère Sérénissime, gardons notre bonne humeur et l'espoir que la civilisation, la culture et le bon sens l'emporteront toujours sur la bêtise et la vulgarité de l'internet d'aujourd'hui.  

Evviva Venezia ! 
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21 juillet 2015

COUPS DE COEUR N°50

Le piéton de Venise
Texte et photos de Danièle Boone
Rando éditions, 2008. 9,90 €.
"En observant un plan de Venise, force est de constaté que le chemin le plus court n'est pas ce canal en forme de S mais les chemins de traverse qui ignorent ses boucles. La marche y est un privilège naturel et les vénitiens sont des piétons à temps plein". Ces lignes du communiqué de presse de l'opuscule de la journaliste Danièle Boone avaient tout pour m'attirer. Ce petit guide est sympathique et original, bien écrit en dépit d'une mise en page parfois un peu surchargée qui peut faire perdre le nord. Mais après tout, la Sérénissime est un labyrinthe non ? alors autant se perdre aussi au fil des pages. Quoi qu'il en soit, c'est un excellent petit guide. Véritable cri d'amour d'une passionnée de Venise qui arpente la ville depuis plus de vingt ans. l'auteur a ainsi concocté pour le lecteur-voyageur dix itinéraires inédits. Elle nous guide dans ses parcours secrets à travers les ruelles des sestiere de la cité des doges,nous entraînant même jusqu'à Murano, l'île des feux, et à Burano, l'île arc-en-ciel. Tout au long de ces balades où s'expriment les cinq sens, elle nous offre en partage ses enthousiasmes et ses émotions. Je me retrouve totalement dans ses mots comme le feront les fidèles lecteurs de Tramezzzinimag. "Il suffit en effet de s’éloigner à peine de la Piazzetta pour découvrir des cours improbables, un cloître roman désert et bien d’autres merveilles encore. Tout au long de ces dix itinéraires inédits, je vous offre en partage mes enthousiasmes, mes émotions et aussi mes adresses gourmandes !" Un très sympathique petit ouvrage rempli de beauté et d'amour.

Aurélien Delage
Nicolas Geoffroy
Pièces de clavessin
Label Passacaille, 2013
"Le claveciniste Aurélien Delage a toujours eu l’intention de remettre à l’honneur Geoffroy, qui selon lui peut être comparé sans peine à Chambonnières, d’Anglebert, Louis Couperin, comme l’un des compositeurs de clavier les plus originaux du Grand. Lors d’une première écoute, on pourrait penser “oui, oui c’est ça”. Mais plus on plonge dans la musique, plus on devient fasciné par le style spécifique tout de même très chargé qu’est celui de Geoffroy. Le passage pour lequel nous nous mettons en extase est le très extravagant et hautement chromatique Rabat Joye Charmant, proche du langage de Luigi Rossi, mais à la française. Par ailleurs, nous entendons chaconnes voluptueuses, une musette charmante, des allemandes larges, des sarabandes rêveuses, qui en quelques accords ouvrent un tout nouveau monde. (…) Et il faut dire que chez Delage se déploie un récit poétique qui nous mène de l’un à l’autre. Tout est concordant : l’instrument, le répertoire et l’interprète." C'est ainsi que s'exprimait il y a deux ans Pieter Lucassen dans le Journal du Festival de Musique Ancienne d’Utrecht en commentaire du superbe deuxième CD enregistré par mon ami Aurélien Delage dont la trop grande modestie et la discrétion - devrais-je dire la pudeur - naturelle ont trop longtemps éloigné des feux de la renommée. Flûtiste, claveciniste et organiste, l'homme est aussi un pédagogue hors-pair qui exerce au Conservatoire de Bordeaux où il a porté sur les fonds baptismaux le formidable Département d'Instruments anciens avec la complicité du directeur Jean-Luc Portelli et de ses amis, Cécile Orsini, Guillaume Rebonguet-Sudre, Kevin Manent-Navratil. "Aurélien Delage stylise avec goût et distance, cultive un admirable toucher au sein d’un tactus immuable. [...] Le toucher exceptionnel, un instrument au fort caractère (le DF, des années 1690) capté avec un art admirable impressionnent, comme le degré d’aboutissement de la réalisation technique." écrivait quant à lui Philippe Ramin, dans le numéro 622 du magazine Diapason, en février 2014. De quoi vous faire courir chez votre disquaire habituel pour vous procurer ce magnifique CD dont j'ai eu l'honneur (avec quelques autres privilégiés) de suivre la gestation, depuis la découverte par Aurélien de ces pièces, ses recherches, sa réflexion, ses doutes jusqu'au moment magique où il nous a livré le fruit de tout cela dans un magnifique concert...  

18 juillet 2015

Le Lazzaretto Vecchio ouvert aux visiteurs le 19 juillet : courrez-y !


La voilà enfin ouverte au public, cette île proche du Lido dans laquelle nous nous rendions souvent, en catimini et le plus souvent en bonne compagnie, du temps de mon adolescence. Combien de jeux y avons-nous organisé, combien de longues veillées et de promenades romantiques... C'est aux initiateurs du projet de nouveau “Museo della Città” que l'on doit cette initiative. 

Le succès des visites organisées l'an passé ayant démontré l'intérêt des vénitiens et des amoureux de la Sérénissime pour ces lieux mythiques fermés au public depuis longtemps. Il fallait une barque et beaucoup de discrétion pour y accoster car la police veillait. Il y eut tellement d'exactions et tant de vandalisme avec tous ces malfrats qui pillèrent et brisèrent les trésors laissés à l'abandon un peu partout dans la lagune et qui attiraient une foule de prédateurs, collectionneurs et marchands sans états d'âme...
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C'est en plein week-end du Redentore que l'association qui gère l'aménagement et les fouilles sur l'île propose une visite guidée toute la journée de demain dimanche, de 10 à 13 heures le matin puis de 15 à 18 heures et seulement avec un guide du très actif Archeoclub di Venezia et par groupes constitués. il faut donc prévoir ombrelles et chapeaux en cas d'attente sur le ponton à l'entrée du Lazzaretto. Un service de traghetto (navette) est organisé pendant les heures d'ouverture depuis le Lido (Riva Corinto). La visite dure environ une heure et il est impossible de se promener sur l'île individuellement pour le moment. Une participation de 5 euros sera demandée à l'entrée pour soutenir l'association et les frais de la manifestation notamment. Les organisateurs s'attendent cette fois encore à une grande affluence de visiteurs, vénitiens et touristes. C'est une occasion à saisir pour visiter un lieu historique en plein renouveau et fouler le sol d'un des lieux emblématiques du passé de la Sérénissime quand celle-ci était appelée aussi la Dominante. 

Il est particulièrement recommandé aux candidats à la visite de bien vouloir accepter par avance les désagréments d'une attente qui ne peut être anticipée mais qui fait partie des risques. Patience et civilité donc ce dimanche au Lazzaretto vecchio ! Pour ceux qui comme nous ne pourrons être de la visite, d'autres séances sont prévues jusqu'au mois d'octobre à la cadence d'une par mois, le dimanche. Prochaines dates : 20 septembre et 18 octobre.





Mais pourquoi cet attrait pour île désertée depuis des lustres ? Le Lazzaretto Vecchio est le premier lazarée de l'histoire. Ouvert en 1423 sur décision du gouvernement de la République de Venise pour permettre d'isoler les passagers et les marins des navires en provenance de pays où sévissait la peste et autres épidémies. Très proche du Lido, c'est l'île la plus éloignée de la ville. Cette utilisation de l'île à des fins sanitaires fera école dans le monde entier permettant la quarantaine de porteurs potentiels de maladies afin de les soigner et surtout d'éviter le plus possible toute propagation des épidémies qui sévissaient à cette époque. 

En dépit du ravage des temps et de nombreux prédateurs au cours des siècles (Buonaparte et les autrichiens notamment), l'île conserve, sur une superficie de près de trois hectares,un patrimoine architectural et historique du plus grand intérêt qui renait peu à peu. Les vestiges d'une innovation sanitaire répandue ensuite partout dans le monde. D'importants travaux de rénovation sont en cours depuis 2004 dans la perspective - si l'actuelle giunta communale reste fidèle aux engagements de ses prédécesseurs - de l'ouverture d'un nouveau Museo della Città où seront exposés les vestiges archéologiques retrouvés dans la lagune et qui représentera avec le lazzaretto Nuovo un ensemble muséal historique très intéressant, sous la haute responsabilité de la Soprintendenza Archeologica del Veneto qui a mis en place un service de surveillance des lieux, de visites publiques avec le concours gracieux de l'Archeoclub di Venezia. En 2014, les quatre premières visites avaient attiré plusieurs centaines de visiteurs. 

12 juillet 2015

Le nouveau maire de Venise est-il un ayatollah ?


C'est une question qu'on est en droit de se poser à la lecture des déclarations du tout nouveau maire de Venise, un patron d'industrie du centre-droit qui vient d'interdire 49 ouvrages pour enfants, la plupart couronnés par de nombreux prix internationaux...

La France a connu une période douloureuse avec les manifestations qui entourèrent les projet de loi sur le mariage pour tous. Mal amené par un gouvernement champion de l'improvisation et du mauvais calcul politicien, il a dressé les uns contre les autres les français, blessant pour de longues années l'harmonie sociologique de notre pays. Brugnaro, le sombre inconnu choisi par les vénitiens (mais pourquoi ce choix ?) pour prendre la tête de la Giunta municipale, va-t-il faire de même dans la sérénissime. Le premier magistrat de la ville, issu d'une droite libérale qui se fait rigoriste,  joue les caïds de la moralité et s'avère bien maladroit, réactionnaire et à la limite de l'imbécilité. On dirait presque un scénario des années 50, quand Don Camillo opposait les dogmes d'une église intolérante et frileuse aux exagérations laïcardes d'un sindaco communiste vociférant et assez peu intelligent. On croit rêver ! Une équipe municipale s'attaque à la littérature enfantine et oppose une censure digne de celle que faisait peser l'Inquisition sur la République de Venise. A quand les autodafés, les bûchers et la peine capitale remise au goût du jour entre les deux colonnes de la Piazzetta, monsieur le Maire ?

Oui, Brugnaro, les familles ont la responsabilité de l'éducation des enfants. Les valeurs morales qui feront de ces derniers de bons citoyens, respectueux du bien commun et solidaires naissent au sein de la cellule familiale. Mais l'école ne sert pas que de pépinière d'employés et de soldats conditionnés à servir le système libéral. Elle est avant tout une fabrique de femmes et d'hommes libres, un lieu où se forge la seule morale qui importe, celle du respect des autres, semblables ou différents. Interdire "Ernest est malade", un des meilleurs titres de la fameuse série Ernest et Célestine, mais aussi "And Tango makes three", la très touchante histoire (vraie) d'un petit manchot orphelin recueilli par deux papas manchots, ou  l'histoire de ce petit louveteau qui a deux mamans ("Jean a deux mamans"). Que dire de la présence sur la liste de "Piccolo blu e piccolo giallo", un véritable chef-d’œuvre... Le fascisme a de belles années devant lui en Italie et je suis atterré de penser qu'il est virulent à Venise.

Je voulais remplir mes valises de ces livres interdits par le nouveau maire. Je me faisais par avance un plaisir de les distribuer aux petits vénitiens que je connais, mais leurs parents m'ont informé - après m'avoir encouragé à signer la pétition qui circule depuis cette pantalonnade absurde - que leurs chers petits les ont déjà ! Ces livres, je les connais tous : Ce sont de bons petits textes, avec de très belles illustrations. Des histoires qui tiennent la route et qui montrent aux enfants le monde tel qu'il est.  Rien de malsain ni de révolutionnaire. Aucun parti-pris, rien qui menace la foi ou la famille. Le "genre" ?, tout d'abord ce n'est pas une théorie - il n'existe aucune théorie du genre - mais une recherche scientifique, un mode de réflexion qui veut travailler à effacer les clichés sexistes qui peuvent parfois, les psychologues et les sociologues s'accordent là-dessus, perturber lourdement certains enfants dont l'orientation n'est pas celle à laquelle on pourrait s'attendre eu égard à leur sexe. C'est un moyen de lutter contre les discriminations. Il y a depuis toujours des livres qui parlent de l'adoption, de la mort, de la maladie, des couleurs de peau, de la violence, de la guerre. Pourquoi n'y en aurait-il pas dans les écoles et les bibliothèques publiques qui parlent des parents de même sexe, de l'homosexualité ? 

"Ce qui compte c'est l'amour" disait une petite fille à la télévision dans une publicité pour un adoucissant. Oui, ce qui compte c'est l'amour et seulement cela. Car l'amour, enseigné sans hypocrisie, sans ambiguïté, sans faux-semblants, mène les enfants vers le respect de l'autre, la solidarité, l'entraide et la paix. Le petit maire de Venise, par ses a-priori rétrogrades sème le contraire. Comme les ayatollahs, il crache sur l'amour et la liberté faisant ainsi le lit de l'intolérance et de la haine. Vénitiens, vous méritez mieux !

 

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