14 janvier 2015

Maxi Navi : c'est reparti !


Le tribunal administratif de Venise vient d'annuler le décret du ministère italien des Transports, ce décret qui avait été accueilli avec soulagement par les vénitiens, par les associations de défense de l'environnement et toutes les personnes qui voient les choses et la vie par un autre prisme que celui des intérêts privés et de l'argent et qui devait restreindre, à partir du 1er janvier 2015, le transit des paquebots de plus 40 000 tonneaux dans le chenal de Giudecca et bannir à jamais leur passage à proximité de la mythique place Saint-Marc.

Les juges ont estimé que le décret de 2013 ne s’appuie pas sur une analyse détaillée des risques qui aurait dû être rendue publique à la grande joie des syndicats de marins et surtout des grandes compagnies de navigation... Le ministre a annoncé que le gouvernement italien fera appel de la décision. C'est vrai que pour continuer de satisfaire les clients de plus en plus nombreux du tourisme de masse qui gangrène la Sérénissime, la construction qui est envisagée d'un point d'accès de l'autre côté de la lagune, directement sur la mer avec les aménagements qui s'en suivront (pontons, dragage, bâtiments et mise en place de navettes maritimes entre le port ainsi installé et la ville), coûtera fort cher. Mais qu'est ce que sont ces dépenses face au risque d'une catastrophe humaine et environnementale si un jour un de ces HLM géants (certains sont aussi haut qu'un tour de 15 étage !) s'échouait ou fonçait vers la piazza... Pinault devrait s'émouvoir car un mastodonte de 6o.000 tonneaux s'encastrant dans les magasins de la douane où est installée une partie de sa collection, cela ferait un dossier compliqué pour les compagnies d'assurances...

Les professionnels de la croisière, contraints et forcés par la pression de l'opinion publique mondiale et peut-être - espérons-le - la raison, ont néanmoins choisi de respecter "volontairement" (sic) ces restrictions pour ce qui est du passage des paquebots de plus de 96 000 tonneaux.

Quatrième port européen pour l’accueil des paquebots avec un record de 1,8 million de passagers avec 548 accostages en 2013, Venise pourrait perdre 300 000 croisiéristes en 2015 suite à cette polémique disent les croisiéristes, plus certainement suite aux difficultés liées à la crise économique dans beaucoup de pays... Et puis de plus en plus de clients se rendent compte du risque que ces mastodontes font courir à l'environnement (le degré de pollution de ces navires équivaut à celui que produirait 14.000 véhicules !).

12 janvier 2015

Venice Time machine, technique et poésie au service de la sérénissime

Les millions de pages d'archives qui constituent toute l'histoire de la Sérénissime devraient être disponibles d'ici dix ans en mode numérique. On a beaucoup parlé de l'ambitieux projet porté par le professeur Kaplan, éminent spécialiste des Humanités digitales, sous l'égide de la Fondation Lombard Odier.



"Et si les nouvelles technologies, plutôt que de nous projeter dans le futur, nous replongeaient dans le passé ?" s'interroge Erica Bernardi. C’est là toute l’ambition du projet Venice Time Machine… Mais comment ça marche ? C'est loin d'être fumeux. L'idée est de mêler les millions d'informations issus des documents qui seront numérisés (de l'ordre de 45 par jour pendant dix ans) par le biais d’algorithmes afin de créer une sorte de Google Map du passé de Venise qui permettra de remonter virtuellement dans le temps, de reconstituer comme des réseaux sociaux de l'époque nous permettant de mieux saisir ce que fut la vie des vénitiens d'il y a deux cents ans, cinq cents ans voire mille ans. Un rêve qui s'apprête à devenir réalité. imaginez combien le travail des historiens sera élargi. A partir d'un mot, d'un nom, on pourra reconstituer des usages commerciaux, mieux comprendre les raisons d'un évènement, ses conséquences et rendre vivante l'histoire, ranimer virtuellement le passé pour nous aider à mieux comprendre l'évolution des mœurs et des mentalités...



L'été dernier, en parallèle à la numérisation des archives vénitiennes projet a proposé à quelques étudiants (ils étaient 24 en tout, venus du monde entier) dans le cadre d’une école doctorale d’automne, de recréer virtuellement l’intérieur du Palazzo Grimani. Ce projet était mené par la chaire des Humanités Digitales de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne  et l’Université Ca’Foscari de Venise. Ces étudiants privilégiés ont ainsi pu tester en temps et taille réelle l'extraordinaire projet en travaillant au réameublement virtuel du Palazzo Grimani vidé de ses trésors suite aux legs de la puissante famille Grimani, mais dont on sait où ils sont et ce qu'ils sont devenus.

Le palais de la famille Grimani ayant été presque vidé de ses œuvres lors de ce legs, il a été demandé aux étudiants de retrouver ces pièces, de les modéliser puis de les replacer virtuellement dans leur contexte originel. Du mathématicien à l’historienne de l’art, ce travail a demandé une approche pluridisciplinaire. 

On a enfin  la machine à remonter le temps. Beaucoup de travail pour y parvenir mais quelle poésie ! De quoi prouver au monde, si besoin était, que Venise n'est pas un musée pas plus qu'un parc d'attractions pour gogos incultes, mais un laboratoire d'idées et de techniques où des savants et des chercheurs du monde entier travaillent, dans plein de domaines différents, à repousser la limite de nos connaissances en inventant de nouveaux outils de préservation et de recherche, contribuant ainsi à l'amélioration de la conservation du patrimoine mondial, à la protection de la nature. Une preuve supplémentaire aussi du dynamisme intact de la Sérénissime !


Charlie à Venise : émouvante manifestation campo Manin ce dimanche


..Merci à Venise et à l'Alliance Française pour l'organisation, hier après-midi, d'un rassemblement silencieux à la mémoire des victimes des deux attentats terroristes de Paris. Moment très émouvant sur le campo Manin. Le lieu était bien choisi puisque celui qu'on y célèbre sur ce campo fut un ardent défenseur de la liberté qui prit la tête du soulèvement contre les autrichiens et dirigea le gouvernement provisoire de ce qui aurait pu devenir la nouvelle République de Venise. Daniel Manin qui mourut à Paris où il s'exila et qui aurait participé avec enthousiasme à cette marche qui réunit à paris plus d'un million de personnes. 

..La foule, très recueillie, qui s'était répandue sur les deux ponts donnant sur le campo  écouta les discours, celui de notre consul, Gérard-Julien Salvy puis de Vittorio Zappalorto, le commissaire extraordinaire de Venise, qui gouverne la ville sans maire depuis quelques mois. ce dernier souligna l'attachement des vénitiens et des italiens en général pour la patrie des Droits de l'Homme et invita les manifestants à une minute de silence. Chapeaux bas, dans un profond silence, brandissant des exemplaires de Charlie Hebdo, des crayons, des affichettes, la foule s'est ainsi recueillie comme partout ailleurs dans le monde. 


Basse-mer à Venise : andar a roba bea !


..Avis de Marée, ce 5 janvier de l'an de grâce 2015, à  18h.45 : 25 cm en-dessous du niveau de la mer... Coefficient exceptionnel de - 98 ! Rien d'exceptionnel toutefois. C'est un phénomène qu'on oublie mais qui arrive et malheur aux propriétaires de barques qui n'ont pas relâché les amarres ou qui se sont retrouvés échoués au milieu d'une lagune vidée de ses eaux. Les pompiers ont eu beaucoup de travail ce jour-là.


..Plutôt rare en image, face à la pléthore de documents sur les eaux hautes. je me souviens d'une marée basse particulièrement forte en 1998. L'année précédente n'avait pas été marquée par de très fortes marées et plusieurs critères étaient réunis pour produire ce phénomène naturel mais qui n'est pas aussi spectaculaire que les impressionnantes montées des eaux sur la ville.


..Ci-dessus, un tableau du quotidien de la Sérénissime au début de XXe siècle. Le phénomène vu par le peintre Achille Beltrame pour la Domenica del Corriere, paru le 8 mars 1903. L'artiste avait choisi de peindre la marée basse devant le palazzo Van Axel. Les gens qu'on y voit ne sont pas en train de nettoyer la boue des parois mais sont à la recherche de "roba bea" qu'ils avaient perdu ou plus vraisemblablement qu'ils espèrent revendre à des antiquaires. mais laissez-moi vous expliquer la pratique illustrée par l'artiste.

Il y avait foule autrefois les jours de basses eaux. Une expression avait cours pour ces moments-là. On disait "andar a roba bea"
qu'on peut traduire par "aller aux belles choses"... L'usage autrefois était de secouer les nappes et les serviettes par les fenêtres, après les repas et il se trouvait souvent des couverts en argent parmi les miettes. La marée basse donnait le signal de la pêche au trésor, tant pour les familles concernées qui voulaient tenter de retrouver la petite cuillère en argent de la ménagère familiale que pour les aventuriers de la bonne fortune... En ce temps-là, les canaux souvent nettoyés n'étaient pas recouverts de l'épaisseur de fange et de pourriture qu'on y trouve aujourd'hui.


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